Origine et histoire de la Filature des Calquières
La filature des Calquières, située à Langogne en Lozère, est une ancienne usine de transformation de la laine active de 1853 à 1990. Installée dans un moulin attesté dès le XVe siècle, elle utilise la force hydraulique du Langouyrou pour actionner ses machines, dont une rare mule-jenny de 1850, unique en France. Ce bâtiment à trois étages, classé Monument Historique en 1994, abrite un processus de fabrication complet : lavage, cardage, filage et retordage, répartis par niveau. Son histoire reflète l’évolution industrielle locale, marquée par des crues dévastatrices (comme en 1888) et des changements de propriétaires, dont la famille Boyer-Engles.
Acquise par la commune en 1992, la filature devient un musée vivant en 1994, renommé Monde de Filaine en 2015 après agrandissement. Le site propose des visites guidées, des ateliers pédagogiques (feutre, tissage) et une galerie d’expositions. Les machines, encore en état de marche, témoignent d’un savoir-faire artisanal préservé, avec des pièces comme la carde nappeuse ou la retordeuse. La roue à aubes en mélèze (3,85 m de diamètre), restaurée en 1981, symbolise l’ingéniosité hydraulique du XIXe siècle.
L’industrie lainière fut vitale pour le Gévaudan (devenu Lozère après la Révolution), où les foulons et tanneurs précédaient les filatures. Au XVIIe siècle, la rue des Calquières abritait des moulins à grain et des artisans du cuir. En 1828, Pierre-Emmanuel Hippolyte Boyer transforme le moulin en filature, modernisée en 1842. La production décline après 1920, mais le filage persiste jusqu’en 1990, sous la direction de trois générations de la famille Engles. Aujourd’hui, le musée perpétue ce patrimoine avec des démonstrations et des animations pour tous les publics.
Le bâtiment, en moellons et galets, allie structure fonctionnelle et héritage architectural. Son toit en tuiles creuses, ses étages dédiés à chaque étape de fabrication, et ses machines classées (comme les 3 mule-jennys originelles) en font un site exceptionnel. Les archives privées et les traces des crues (comme celle de 1888) rappellent les défis auxquels firent face les ouvriers, au nombre de 15 à leur apogée. La filature illustre aussi l’adaptation des techniques, avec des métiers à tisser ajoutés vers 1860.
Depuis 2015, le Monde de Filaine dynamise le lieu grâce à une mascotte créée par des lycéens locaux, tout en conservant son authenticité. Le musée offre une immersion dans l’univers textile, avec un parcours ludique pour les enfants et des expositions temporaires. La boutique, agrandie après l’acquisition d’une maison mitoyenne, complète l’offre touristique. Ce projet allie préservation patrimoniale et innovation, comme en témoignent l’ascenseur et le cinéma dynamique installés récemment.