Origine et histoire de la fontaine Amédée-Larrieu
La fontaine Amédée-Larrieu, située place Amédée-Larrieu à Bordeaux, est un monument emblématique du début du XXe siècle, érigé grâce au legs d’Eugène Larrieu en mémoire de son père. Conçue par les architectes Raymond Barbaud et Édouard Bauhain, et sculptée par Raoul Verlet, elle se distingue par sa forme triangulaire et son intégration à un bâtiment Art nouveau en pierre et fer forgé. La fontaine centrale, entourée de deux fontaines latérales, célèbre les activités phares de Bordeaux : la viticulture (représentée par des vendangeurs, pampres et barriques) et le commerce maritime (symbolisé par des tritons, ancres et barques).
Inaugurée en 1901, la fontaine est un chef-d’œuvre de détails, incluant des mascarons, des coquillages, et des animaux marins comme des dauphins ou un homard. Le legs de 150 000 francs d’Eugène Larrieu, député de Gironde, a permis sa réalisation après un concours remporté par Verlet, qui obtint le grand prix à l’Exposition universelle de 1900. La place, autrefois marché, a été inscrite aux Monuments historiques en 1975, protégeant la fontaine, le mur du marché et les deux fontaines latérales. Aujourd’hui, elle sert d’espace de détente, bien que des projets de modernisation soient limités par son statut protégé.
Les sculptures allégoriques mêlent mythologie et réalisme : une nymphe coiffée à la mode 1900 domine la face sud, entourée de putti vendangeurs, tandis que la face nord évoque un quai portuaire avec une nymphe allongée sur une barque chargée de marchandises. Les fontaines latérales, ornées d’une nymphe sur un coquillage et d’un triton terrassant un poisson volant, renforcent le lien entre eau, vin et commerce. Les mascarons cracheurs d’eau, l’un en forme de coquille humaine, l’autre joufflu, ajoutent une touche fantastique à cet ensemble, reflétant l’éclectisme artistique de l’époque.
La place Amédée-Larrieu, réaménagée récemment pour faciliter son entretien, reste un lieu de vie pour le quartier. Les riverains, via l’association Les riverains de la rue de Pessac, militent pour réduire le stationnement et animer l’espace avec des marchés ou fêtes locales. Cependant, le classement aux Monuments historiques complique les modifications structurelles, comme la clôture ou l’ajout d’une terrasse, en raison des coûts et des contraintes de préservation. Ce monument illustre ainsi les tensions entre patrimoine et adaptation aux usages contemporains.
L’inscription de 1975, bien que moins ambitieuse que le classement initialement proposé par l’inspecteur Jean Sonnier, a permis de sauvegarder ce témoignage unique de l’Art nouveau bordelais. Les architectes Barbaud et Bauhain, ainsi que le sculpteur Verlet, y ont fusionné pierre, fer et symboles, créant une œuvre à la fois utilitaire (fontaine) et artistique. Les détails naturalistes, comme les escargots ou la tortue, révèlent une attention méticuleuse au réalisme, tandis que les éléments viticoles et maritimes rappellent l’identité économique de Bordeaux au tournant du siècle.