Origine et histoire de la fontaine
La fontaine de Senez est une construction en calcaire composée d’un bassin circulaire et d’une colonne tripartite. Le bassin, formé de douze plaques de pierre de taille, est relié à la colonne par quatre margelles métalliques disposées aux points cardinaux. La colonne, surmontée d’un chapiteau sculpté de quatre têtes masculines distinctes, symbolise les orientations géographiques. Chaque tête, aux traits stylisés (barbes, moustaches, yeux en amande), rappelle le style des « pétètes », des sculptures rustiques typiques de la région, comme celles de la fontaine de Moriez ou de la chapelle des Pétètes dans le Champsaur. Entre les têtes, des blasons indiquent les directions secondaires, sauf l’un d’eux, énigmatique, représentant une forme proche d’un bonnet phrygien inversé, marqué d’un « Z ». Ce détail, ainsi que le style des lettrines, suggère une ajout postérieur à la construction.
La fontaine est alimentée par quatre canons sortants des bouches des têtes sculptées. La calotte sommitale, percée d’un trou, devait autrefois supporter une décoration (faîtage métallique ou boule de pierre). Un lavoir en ciment, accolé au bassin au début du XXe siècle, a été retiré lors des restaurations récentes. Bien que son état général soit médiocre, avec des traces de dégradation et de restaurations (comme la barbe du personnage est), la fontaine reste un témoignage architectural marquant. Son style et sa conception évoquent une datation probable au second quart du XVIIe siècle, en lien avec l’urbanisation de Senez, notamment après la construction du séminaire en 1644 par l’évêque Louis Duchaine. Ce dernier marque le début d’un réseau hydraulique structuré dans le village.
La fontaine a été inscrite aux monuments historiques par arrêté du 9 janvier 1930. Des archives mentionnent des réparations sur ses canalisations en 1742, confirmant son existence avant cette date, mais sans préciser son origine exacte. En 1893, un projet de construction d’une nouvelle fontaine (place de l’Église) fut préféré à sa réparation. La place où elle se dresse porte aujourd’hui son nom, soulignant son importance historique locale. Les dernières restaurations, à la fin des années 1990, ont inclus la fontaine dans une rénovation plus large de la place et des bâtiments environnants.
L’édifice illustre les besoins en eau potables des villages provençaux à l’époque moderne, où les fontaines servaient de points de rassemblement et d’approvisionnement. Son iconographie, mêlant symboles directionnels et figures humaines, reflète une tradition artistique régionale, tandis que son état actuel témoigne des défis de conservation des monuments en pierre dans un climat méditerranéen.