Origine et histoire de la fontaine des Fleuves
La Fontaine des Fleuves fait partie des deux fontaines symétriques installées place de la Concorde à Paris, conçues par l'architecte Jacques-Ignace Hittorff entre 1836 et 1846. Elles s’inscrivent dans un projet de réaménagement de la place, marqué par l’érection de l’obélisque de Louxor en 1836, un don du vice-roi d’Égypte Méhémet Ali. Ces fontaines, inaugurées le 1er mai 1840, symbolisent le génie naval français, en lien avec le ministère de la Marine alors installé sur la place. La fontaine nord, dédiée aux fleuves, représente le Rhin et le Rhône entourés d’allégories de l’Agriculture, de l’Industrie et de la Navigation fluviale.
La réalisation des statues, en fonte de fer dorée, fut confiée à des artistes comme Jean-François-Théodore Gechter et Auguste-Hyacinthe Debay, et produite par la fonderie de Tusey en Lorraine. Les colonnes rostrales adjacentes, ornées de proues de navires, évoquent l’emblème de Paris et complètent cet hommage à la navigation. La fontaine reflète aussi les tensions politiques de l’époque : la statue de Strasbourg, drapée de noir après 1871, rappelle l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne.
Avant ces aménagements, la place de la Concorde, anciennement place Louis XVI, portait le poids des souvenirs révolutionnaires, notamment les exécutions de la famille royale. Les projets initiaux, comme une statue de Louis XVI ou une fontaine, furent abandonnés après la Révolution de Juillet 1830. L’obélisque et les fontaines, neutres politiquement, permirent de transformer la place en un symbole de concorde nationale, tout en célébrant les avancées techniques et artistiques du XIXe siècle.
La Fontaine des Fleuves, avec sa sœur la Fontaine des Mers, devint un élément emblématique du Paris haussmannien, intégrant l’art, l’histoire et l’urbanisme. Son iconographie, mêlant allégories et réalisme, illustre l’ambition de Hittorff de créer un espace à la fois monumental et pédagogique, célébrant les richesses naturelles et commerciales de la France. Aujourd’hui, elle reste un lieu de tournage prisé, comme en témoignent des films tels qu’Un Américain à Paris (1951) ou Fantomas (1964).