Origine et histoire de la fontaine du Pont Joubert
La fontaine du Pont-Joubert, construite à la fin du Moyen Âge à Poitiers, est un petit édicule gothique voûté en arc brisé, situé en bordure du Clain. Elle doit son nom à sa proximité avec le pont médiéval Joubert. Son architecture simple, typique des fontaines publiques de l’époque, inclut une niche probablement destinée à une statue, ainsi que des armoiries aujourd’hui illisibles, témoignant de son commanditaire inconnu. L’eau, provenant des falaises des Dunes, était réputée intarissable et très prisée, comme en attestent les nombreux réaménagements du pavage autour du bassin au fil des siècles.
Au XVIe siècle, la fontaine fut restaurée sous l’impulsion de Gaucher de Sainte-Marthe, dont les armoiries et la date de 1579 furent apposées sur le fronton. Un siècle plus tard, en 1663, le maire René Citoys y ajouta un cartouche baroque avec son nom, marquant une nouvelle phase de travaux. Surnommée la « nymphette jobertine » par les poètes locaux inspirés de la Pléiade, elle devint un symbole littéraire et un lieu de vie quotidienne, fréquenté par les lavandières jusqu’au début du XXe siècle, comme le montrent des cartes postales d’époque.
Menacée de disparition à plusieurs reprises, la fontaine échappa de justesse à des projets de modernisation en 1870 (remplacement par une borne en fonte) et en 1899 (élargissement de la rue). Elle fut alors déplacée de six mètres, mais son escalier fut inversé par rapport à sa configuration d’origine, visible sur les gravures anciennes comme celle de Viollet-le-Duc. Ce dernier la cita dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture comme exemple emblématique des fontaines médiévales, soulignant son héritage romain et son rôle social pour les voyageurs et habitants.
Classée à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1935, la fontaine est aujourd’hui entourée d’un jardin public. Elle s’inscrit dans un réseau de six fontaines médiévales qui jalonnaient le Clain, dont certaines, comme la fontaine de la Celle (transformée en station de pompage au XIXe siècle) ou la fontaine du Pape (liée à une légende sur Urbain II), ont disparu ou été modifiées. Son iconographie, riche, inclut des représentations par Hoefnagel (1572), Nautré (1619), et des photographies du XIXe siècle montrant son usage quotidien.
Les archives révèlent son importance pratique et symbolique : lieu de ravitaillement en eau, mais aussi espace de sociabilité et de patrimoine littéraire. Les poètes de l’Université de Poitiers, comme Scévole de Sainte-Marthe, lui consacrèrent des vers, tandis que ses armoiries successives (Gaucher de Sainte-Marthe, René Citoys) reflètent son ancrage dans l’histoire urbaine. Malgré les transformations, elle reste un témoin rare des fontaines médiévales en milieu urbain, associant utilité publique et ornamentation gothique flamboyante.