Frise chronologique
1849
Création de la statue de Marianne
Création de la statue de Marianne
1849 (≈ 1849)
Statue érigée sous la Deuxième République.
2 décembre 1851
Coup d’État de Napoléon III
Coup d’État de Napoléon III
2 décembre 1851 (≈ 1851)
Déclenche la vente aux enchères de la statue.
28 décembre 1852
Vente aux enchères de la statue
Vente aux enchères de la statue
28 décembre 1852 (≈ 1852)
Rachetée secrètement par Jean-Pierre Bony.
1869-1870
Construction des fontaines de Jussey
Construction des fontaines de Jussey
1869-1870 (≈ 1870)
Réalisées par l’architecte Charles Dodelier.
1886
Installation de la statue de Marianne
Installation de la statue de Marianne
1886 (≈ 1886)
Remplace l’allégorie de l’Agriculture sur la fontaine.
1920
Déplacement de la fontaine
Déplacement de la fontaine
1920 (≈ 1920)
Transférée place de la Libération pour le monument aux morts.
21 décembre 2000
Classement monument historique
Classement monument historique
21 décembre 2000 (≈ 2000)
Inscription officielle au titre des monuments historiques.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Fontaine (cad. non cadastré, domaine public) : inscription par arrêté du 21 décembre 2000
Personnages clés
| Jean-Pierre Bony - Ancien maire républicain de Jussey et brasseur |
Rachète secrètement la statue en 1852. |
| Charles Bontemps - Maire républicain de Jussey en 1884 |
Reçoit la statue en don pour la municipalité. |
| Charles Dodelier - Architecte vésulien |
Conçoit les fontaines de Jussey en 1869-1870. |
Origine et histoire
La fontaine Marianne, aussi appelée fontaine de la République, est un monument emblématique de Jussey, en Haute-Saône. Conçue au XIXe siècle, elle se distingue par son bassin en pierre surmonté d’un piédestal métallique orné de dauphins, et couronné par une statue en fonte de Marianne. Cette allégorie de la République, drapée à l’antique et vêtue d’une peau de lion, tient un bouclier et une main de justice dans sa main gauche, tandis que sa main droite brandit un triangle, symbole des valeurs républicaines : Liberté, Égalité, Fraternité. D’autres attributs, comme la couronne de blé et de raisins, évoquent la République nourricière, et la force est représentée par la peau de lion.
La fontaine a connu plusieurs emplacements et transformations. Initialement installée en 1870 sur la place de l’église, elle a été déplacée en 1920 sur la place de la Libération pour laisser place au monument aux morts. Ce déplacement a donné lieu à une expression locale : « la République s’est inclinée devant le sacrifice des Poilus ». La statue de Marianne, quant à elle, date de la Deuxième République (1849) et a une histoire mouvementée : vendue aux enchères en 1852 après le coup d’État de Napoléon III, elle fut secrètement rachetée par l’ancien maire républicain Jean-Pierre Bony, puis léguée à la municipalité en 1884.
La fontaine s’inscrit dans un ensemble de 19 fontaines et lavoirs construits à Jussey entre 1869 et 1870 sous la direction de l’architecte vésulien Charles Dodelier. À l’origine, elle était surmontée d’une statue allégorique de l’Agriculture, remplacée en 1886 par la Marianne actuelle. Cette dernière est considérée comme la plus ancienne statue de Marianne érigée sur une place publique en France. Classée monument historique en 2000, elle témoigne des tensions politiques du XIXe siècle et de l’ancrage des valeurs républicaines dans le patrimoine local.
L’œuvre, bien que son sculpteur reste anonyme, incarne les idéaux républicains à travers ses symboles. Le triangle, souvent associé à la franc-maçonnerie, représente ici explicitement la devise Liberté-Égalité-Fraternité. La fontaine, propriété de la commune, est un exemple remarquable de l’art public du XIXe siècle, mêlant fonction utilitaire (distribution d’eau) et message politique. Son déplacement en 1920 marque aussi une transition dans la mémoire collective, où le souvenir des morts de la Grande Guerre prend le pas sur les symboles républicains.
Aujourd’hui, la fontaine Marianne reste un point de repère historique et culturel à Jussey. Elle illustre à la fois l’évolution urbaine de la ville, les luttes politiques du XIXe siècle et la persistance des valeurs républicaines dans l’espace public. Son inscription aux monuments historiques en 2000 consacre son importance patrimoniale, tout en rappelant les vicissitudes de son histoire, depuis sa création sous la Deuxième République jusqu’à sa place actuelle sur la place de la Libération.