Origine et histoire
La forêt de Fontainebleau, autrefois appelée forêt de Bière, est un massif de 25 000 hectares situé en Seine-et-Marne, au cœur de l’Île-de-France. Administrée en partie comme forêt domaniale (17 072 ha), elle culmine à 144 mètres et abrite une faune et une flore diversifiées, avec des chênes (45 %), des pins sylvestres (40 %) et des hêtres (10 %). Traversée par des axes majeurs comme l’autoroute A6 et la ligne Paris-Lyon-Marseille, elle attire 13 millions de visiteurs annuels pour ses paysages, son escalade et son patrimoine historique.
L’histoire de la forêt remonte à 40 000 ans, avec des traces de populations nomades et plus de 2 000 abris rupestres gravés entre le Paléolithique et l’époque moderne. Au Moyen Âge, elle devient une forêt royale sous les Capétiens, utilisée pour la chasse, l’approvisionnement en bois et comme lieu stratégique. François Ier y rebâtit le château en 1527 et crée la charge de Grand Forestier pour gérer ses 13 365 hectares. Sous Louis XIV, Colbert lance des plantations après une réformation en 1664, tandis que Napoléon Ier réforme son administration en 1807.
Au XIXe siècle, la forêt inspire les peintres de l’école de Barbizon, comme Théodore Rousseau et Jean-François Millet, qui obtiennent en 1853 la création des premières « réserves artistiques » (624 ha) pour préserver ses paysages. Ces réserves, étendues à 1 693 ha en 1892, deviennent les premières aires protégées au monde avant même Yellowstone. Claude-François Denecourt et Charles Colinet y tracent 300 km de sentiers balisés, encore utilisés aujourd’hui. La forêt est aussi un terrain militaire depuis 1875, héritage du transfert de l’École d’artillerie après la défaite de 1871.
La forêt abrite 2 350 ha de réserves biologiques, dont la Tillaie, inchangée depuis 1372, et des espèces rares comme l’alisier de Fontainebleau ou le chat sauvage. Ses grès, formés il y a 35 millions d’années, créent des chaos rocheux prisés des grimpeurs. Exploitée pour son sable et ses pavés (dès 1330), son économie décline au XXe siècle avec la fermeture des dernières carrières en 1983. Aujourd’hui, elle est candidate au statut de parc national pour concilier protection et fréquentation touristique.
Culturellement, la forêt a marqué la peinture (Corot, Monet, Renoir), la littérature (George Sand, Musset, Proust) et le cinéma, avec des tournages comme Le Pacte des loups (2001). Ses 365 km de sentiers, ses 2 000 abris rupestres et ses vestiges médiévaux (prieuré de Franchard) en font un site historique majeur. Malgré des incendies récurrents et des pressions touristiques, elle reste un symbole de la protection environnementale en France.