Frise chronologique
1794
Fondation des Forges
Fondation des Forges
1794 (≈ 1794)
Transfert du haut fourneau de Frontenay.
1828
Modernisation du site
Modernisation du site
1828 (≈ 1828)
Machine à vapeur et extensions installées.
1850
Apogée industrielle
Apogée industrielle
1850 (≈ 1850)
1 500 tonnes de fonte produites.
1853-1854
Construction de la chapelle
Construction de la chapelle
1853-1854 (≈ 1854)
Style néogothique avec orgue Ducroquet.
1959
Fermeture définitive
Fermeture définitive
1959 (≈ 1959)
Fin de l’activité industrielle.
2024
Réhabilitation en cours
Réhabilitation en cours
2024 (≈ 2024)
Inauguration salle de réception et Loto du Patrimoine.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Voir commune de : Toulouse-le-Château
Personnages clés
| Claude-Étienne Jobez (1745-1830) - Fondateur des Forges |
Acquéreur du moulin en 1794, député en 1815. |
| Étienne Monnier (1764-1849) - Modernisateur de l’usine |
Gendre de Jobez, avocat et administrateur. |
| Edmond Monnier (1812-1885) - Visionnaire social |
Inspiré par le fouriérisme, bâtisseur de la chapelle. |
| André Monnier (1851-1933) - Spécialiste de la fonte émaillée |
Développe les cuisinières et objets décoratifs. |
| Laurent Monnier (1888-1975) - Artiste industriel |
Créateur de fresques émaillées (ex: *Normandie*). |
| Viviane de Labriffe - Archiviste familiale |
Transmet 60 ml de documents aux Archives du Jura. |
Origine et histoire
Les Forges de Baudin, situées à cheval sur Sellières et Toulouse-le-Château dans le Jura, trouvent leur origine en 1794 avec le transfert d’un haut fourneau de Frontenay vers le moulin médiéval de Baudin, acquis comme bien national par Claude-Joseph Morel et Claude Jobez. Ce site, bien que nommé « forges », fonctionnait en réalité comme une fonderie spécialisée dans la coulée de fonte pour fabriquer objets utilitaires et éléments décoratifs. La Franche-Comté représentait alors 17 % de la production nationale de fonte au XVIIIe siècle.
Le XIXe siècle marque l’apogée du site : employant plus de 200 ouvriers en 1850, il produit 1 500 tonnes de fonte annuellement et se modernise avec une machine à vapeur (1828) et des logements ouvriers. Sous l’impulsion d’Edmond Monnier, inspiré par le fouriérisme, un modèle social avant-gardiste émerge : logements gratuits, chauffage, soins médicaux, école obligatoire et coopérative avec monnaie locale. La chapelle néogothique (1853-1854) et le château patronal (1865) symbolisent cette prospérité.
La crise métallurgique des années 1860 force l’arrêt du haut fourneau, mais l’usine pivote vers des produits manufacturés renommés : cuisinières émaillées (dont les miniatures « Baby Baudin »), fontaines publiques (comme le cygne de Lons-le-Saunier), et pièces artistiques comme le Chevalier Normand du paquebot Normandie. Malgré des efforts commerciaux au XXe siècle, l’usine ferme en 1959, faute d’adaptation aux méthodes modernes. Une partie des bâtiments, menacée, est rasée en 1975.
Classés Monuments Historiques en 1991 et 1993, les vestiges (logements ouvriers, chapelle, château) sont aujourd’hui en cours de réhabilitation. Un musée éphémère (2017-2018) a cédé la place à un projet de salle de réception inauguré en 2024, soutenu par le Loto du Patrimoine. Les archives familiales (60 ml, 1686-1961), transmises aux Archives départementales du Jura par Viviane de Labriffe, documentent cette saga industrielle et sociale unique.
La dynaste des Jobez-Monnier, propriétaires durant toute l’activité, incarne cette histoire : Claude-Étienne Jobez (fondateur, député en 1815), Étienne Monnier (modernisateur), Edmond Monnier (visionnaire social), André Monnier (spécialisation en fonte émaillée), et Laurent Monnier (fresques artistiques, comme celle du Normandie). Leur héritage perdure à travers les fontaines jurassiennes et les archives, témoignant d’un paternalisme industriel exemplaire.
Aujourd’hui, le site allie mémoire et reconversion. Les Journées du Patrimoine 2024 ont révélé la salle de réception aménagée dans l’ancienne usine, tandis que la mission Bern finance la restauration des toitures et charpentes. Ce lieu, lauréat 2024 du Loto du Patrimoine, illustre la résilience d’un patrimoine industriel franc-comtois, entre innovation technique et utopie sociale.