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Forges de Dampierre-sur-Blévy à Maillebois dans l'Eure-et-Loir

Patrimoine classé Patrimoine industriel Forge

Forges de Dampierre-sur-Blévy

    Le Château
    28170 Maillebois
Propriété privée
Forges de Dampierre-sur-Blévy
Forges de Dampierre-sur-Blévy
Crédit photo : Goupil - Sous licence Creative Commons

Frise chronologique

Bas Moyen Âge
Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1500
1600
1700
1800
1900
2000
1487
Première mention d'un fourneau
1667
Acquisition par le duc d'Enghien
1669
Fondation des forges modernes
1688
Production de tuyaux pour le canal de l'Eure
1791
Vente comme bien national
1994
Classement monument historique
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Patrimoine classé

Façades et toitures de la maison du maître de forges ; pièce intérieure présentant des broderies à thèmes populaires : inscription par arrêté du 1er février 1993 ; Bâtiment du haut-fourneau double ; halle à charbon ; chaussée et mécanisme de la retenue d'eau ; ensemble des maçonneries du système hydraulique (coursiers et déversoirs) (cad. 125AB 94, 96, 97, 167 à 170) : classement par arrêté du 24 octobre 1994 ; Les deux bâtiments de logements (cad. 125AB 96) : inscription par arrêté du 24 octobre 1994

Personnages clés

Henri Jules de Bourbon-Condé (duc d'Enghien) - Propriétaire et mécène Finança le développement des forges en 1667.
Jean-Baptiste Colbert - Contrôleur général des finances Commanda canons et tuyaux pour la marine royale.
Famille Goupil - Maîtres de forges (XVIIIe-XIXe) Exploita le site jusqu’à son déclin au XIXe siècle.
François Courseuilles - Ancien propriétaire (XVe siècle) Possédait un fourneau à fer en 1487.

Origine et histoire

Les forges de Dampierre-sur-Blévy, installées vers 1669 près de la forêt de Senonches, furent créées sous l’impulsion du duc d’Enghien pour valoriser les ressources locales (bois, minerai) et répondre aux besoins de la marine royale. Ce site, première usine sidérurgique intégrée de France, combinait deux hauts fourneaux jumeaux, une forge et une fonderie, actionnés par un étang de 17 hectares. Il produisait canons, boulets, et tuyaux de fonte pour le canal de l’Eure, grâce à une technique innovante venue d’Allemagne.

Le site fut acquis en 1667 par Henri Jules de Bourbon-Condé, duc d’Enghien, puis transmit à ses descendants (princesse de Conti, Louis XVIII). Au XVIIIe siècle, les forges passèrent aux mains de maîtres de forges comme la famille Goupil, qui les exploita jusqu’au XIXe siècle. La Révolution transforma le site en bien national, vendu en 1791 à Goupil et son associé Canuel. L’activité déclina au XIXe siècle faute de bois, réduisant la production à 200 tonnes annuelles contre 1 200 auparavant.

Classé monument historique en 1994, le site conserve aujourd’hui la maison du maître de forges, les hauts fourneaux doubles, la halle à charbon, et des logements ouvriers. Ces vestiges illustrent l’âge d’or de la métallurgie normande, liée à la forêt de Senonches et à la force hydraulique. Les forges de Dampierre-sur-Blévy symbolisent aussi l’innovation industrielle sous Colbert, avec une production polyvalente : canons, outils agricoles, et vergettes de fer exportées vers Rouen ou Saint-Malo.

L’organisation spatiale, visible sur un plan de 1834, montrait une disposition rationnelle : étang, hauts fourneaux, forge, fenderie, et ateliers alignés le long des coursiers hydrauliques. Au XXe siècle, le site fut transformé en propriété d’agrément, mais ses bâtiments industriels (hauts fourneaux, halle à charbon) furent préservés. Aujourd’hui, il témoigne de l’histoire technique et sociale de la sidérurgie française, depuis son apogée sous Louis XIV jusqu’à son déclin au XIXe siècle.

Les protections actuelles (1993-1994) couvrent les façades de la maison du maître, les hauts fourneaux, le système hydraulique, et les logements. Ces mesures soulignent la rareté du site, l’un des derniers exemples en France de hauts fourneaux du XVIIe siècle encore debout. Son histoire reflète aussi les mutations économiques, passant d’une production militaire stratégique à une activité rurale déclinante, marquée par l’épuisement des ressources forestières.

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