Frise chronologique
1487
Première mention d'un fourneau
Première mention d'un fourneau
1487 (≈ 1487)
Achat d'un fourneau à fer par François Courseuilles.
1667
Acquisition par le duc d'Enghien
Acquisition par le duc d'Enghien
1667 (≈ 1667)
Rachat de la forêt de Senonches pour développer les forges.
1669
Fondation des forges modernes
Fondation des forges modernes
1669 (≈ 1669)
Création de l'usine intégrée sous Colbert.
1688
Production de tuyaux pour le canal de l'Eure
Production de tuyaux pour le canal de l'Eure
1688 (≈ 1688)
Fonte de pièces de 48 cm de diamètre.
1791
Vente comme bien national
Vente comme bien national
1791 (≈ 1791)
Acquisition par Goupil et Canuel après la Révolution.
1994
Classement monument historique
Classement monument historique
1994 (≈ 1994)
Protection des hauts fourneaux et du système hydraulique.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Façades et toitures de la maison du maître de forges ; pièce intérieure présentant des broderies à thèmes populaires : inscription par arrêté du 1er février 1993 ; Bâtiment du haut-fourneau double ; halle à charbon ; chaussée et mécanisme de la retenue d'eau ; ensemble des maçonneries du système hydraulique (coursiers et déversoirs) (cad. 125AB 94, 96, 97, 167 à 170) : classement par arrêté du 24 octobre 1994 ; Les deux bâtiments de logements (cad. 125AB 96) : inscription par arrêté du 24 octobre 1994
Personnages clés
| Henri Jules de Bourbon-Condé (duc d'Enghien) - Propriétaire et mécène |
Finança le développement des forges en 1667. |
| Jean-Baptiste Colbert - Contrôleur général des finances |
Commanda canons et tuyaux pour la marine royale. |
| Famille Goupil - Maîtres de forges (XVIIIe-XIXe) |
Exploita le site jusqu’à son déclin au XIXe siècle. |
| François Courseuilles - Ancien propriétaire (XVe siècle) |
Possédait un fourneau à fer en 1487. |
Origine et histoire
Les forges de Dampierre-sur-Blévy, installées vers 1669 près de la forêt de Senonches, furent créées sous l’impulsion du duc d’Enghien pour valoriser les ressources locales (bois, minerai) et répondre aux besoins de la marine royale. Ce site, première usine sidérurgique intégrée de France, combinait deux hauts fourneaux jumeaux, une forge et une fonderie, actionnés par un étang de 17 hectares. Il produisait canons, boulets, et tuyaux de fonte pour le canal de l’Eure, grâce à une technique innovante venue d’Allemagne.
Le site fut acquis en 1667 par Henri Jules de Bourbon-Condé, duc d’Enghien, puis transmit à ses descendants (princesse de Conti, Louis XVIII). Au XVIIIe siècle, les forges passèrent aux mains de maîtres de forges comme la famille Goupil, qui les exploita jusqu’au XIXe siècle. La Révolution transforma le site en bien national, vendu en 1791 à Goupil et son associé Canuel. L’activité déclina au XIXe siècle faute de bois, réduisant la production à 200 tonnes annuelles contre 1 200 auparavant.
Classé monument historique en 1994, le site conserve aujourd’hui la maison du maître de forges, les hauts fourneaux doubles, la halle à charbon, et des logements ouvriers. Ces vestiges illustrent l’âge d’or de la métallurgie normande, liée à la forêt de Senonches et à la force hydraulique. Les forges de Dampierre-sur-Blévy symbolisent aussi l’innovation industrielle sous Colbert, avec une production polyvalente : canons, outils agricoles, et vergettes de fer exportées vers Rouen ou Saint-Malo.
L’organisation spatiale, visible sur un plan de 1834, montrait une disposition rationnelle : étang, hauts fourneaux, forge, fenderie, et ateliers alignés le long des coursiers hydrauliques. Au XXe siècle, le site fut transformé en propriété d’agrément, mais ses bâtiments industriels (hauts fourneaux, halle à charbon) furent préservés. Aujourd’hui, il témoigne de l’histoire technique et sociale de la sidérurgie française, depuis son apogée sous Louis XIV jusqu’à son déclin au XIXe siècle.
Les protections actuelles (1993-1994) couvrent les façades de la maison du maître, les hauts fourneaux, le système hydraulique, et les logements. Ces mesures soulignent la rareté du site, l’un des derniers exemples en France de hauts fourneaux du XVIIe siècle encore debout. Son histoire reflète aussi les mutations économiques, passant d’une production militaire stratégique à une activité rurale déclinante, marquée par l’épuisement des ressources forestières.