Origine et histoire du Fort Belin
Le fort Belin, situé à Salins-les-Bains dans le Jura, s’élève à 594 m d’altitude sur un éperon rocheux dominant la ville. Ses origines remontent au Moyen Âge avec le Châtelbelin, un château en ruines dès 1628, remplacé par des fortifications conçues par Vauban après l’annexion française de la Franche-Comté en 1674. Le site inclut alors une redoute (Grelimbach), un ermitage fortifié (bas-Belin), et un ouvrage à cornes typique de l’architecture bastionnée du XVIIe siècle.
Rasé par les Autrichiens en 1814 après le siège de Salins, le fort est reconstruit entre 1828 et 1855 sous la direction du général Haxo. Les travaux modernisent le cavalier, ajoutent des casemates protégées, et restaurent la redoute de Grelimbach avec des fossés à caponnières. Le fort, armé de 28 canons en 1871, résiste aux Prussiens pendant la guerre franco-prussienne, ralentissant leur avancée vers Pontarlier. Déclassé à la fin du XIXe siècle, il est cédé à la ville en 1921 avant d’être classé monument historique en 1984.
L’architecture combine des éléments vaubaniens (ouvrage à cornes, fossés, contrescarpes) et des aménagements du XIXe siècle comme des casemates voûtées, un poste de télégraphie optique (lié à Besançon et Dijon), et un réduit intérieur à étages. La redoute de Grelimbach, carré en pierre de taille, sert d’entrée principale avec une galerie voûtée et une caponnière. Le bas-Belin, ancien ermitage, abrite une caserne à l’épreuve des obus, reliée par un escalier crénelé. Le site, aujourd’hui propriété privée en cours de restauration, a aussi servi de décor pour des films comme Trop (peu) d’amour (1998).
Le fort Belin illustre l’évolution des stratégies défensives, de Vauban (guerre de siège) aux adaptations du XIXe siècle (artillerie, communications optiques). Son rôle lors des conflits du XIXe siècle — résistance aux Prussiens en 1871, hôpital de siège en 1813 — souligne son importance géographique dans la cluse de Salins. Après son déclassement, il accueille brièvement des colonies de vacances (années 1970) avant d’être loué via un bail emphytéotique. Les vestiges médiévaux (tour Grimbert) et les fondations vaubaniennes coexistent avec les structures du XIXe siècle, témoignant de près de mille ans d’histoire militaire.
Classé au titre des monuments historiques en 1984, le fort comprend trois éléments protégés : le fort proprement dit, la redoute de Grelimbach, et le bas-Belin avec leurs liaisons (chemin couvert, fossés). Les plans de Vauban, partiellement conservés, montrent un front bastionné adapté au relief, avec des falaises naturelles au nord et à l’ouest. Les restaurations du XIXe siècle ont préservé les plateformes d’origine tout en ajoutant des innovations comme les galeries de contrescarpe ou les traverses-abris. Aujourd’hui, le site reste un exemple remarquable d’architecture militaire hybride, mêlant héritage médiéval, génie vaubanien, et modernisations post-napoléoniennes.