Origine et histoire du Fort
Le fort d'Uxegney, situé à Uxegney dans les Vosges, fut édifié entre 1882 et 1884 dans le cadre du système défensif Séré de Rivières, pour contrôler les axes stratégiques d’Épinal-Mirecourt, la voie ferrée Épinal-Nancy et le canal de l’Est. Initialement nommé fort Roussel en 1887 en hommage au général Nicolas François Roussel d’Hurbal (un officier distingué des guerres napoléoniennes), il retrouva son nom d’origine quelques mois plus tard après l’abrogation du décret Boulanger. Ce fort pentagonal, conçu pour 287 hommes, illustre l’évolution des techniques militaires avec ses fossés secs, ses caponnières et son armement d’origine exposé à l’air libre.
Entre 1893 et 1896, des modernisations partielles furent réalisées pour adapter le fort à la menace des obus-torpilles, incluant le bétonnage du magasin à poudre et de certaines chambrées. Mais c’est entre 1910 et 1914 que le site connut sa transformation majeure : installation de quatre tourelles à éclipse (dont la célèbre tourelle Galopin de 155 mm, unique exemplaire fonctionnel au monde), de casemates de Bourges, d’observatoires cuirassés et d’une centrale électrique. Ces aménagements firent du fort un modèle de la fortification française pré-Première Guerre mondiale, combinant innovation technique et héritage du XIXe siècle.
Après 1918, le fort perdit son rôle stratégique avec l’avènement de la Ligne Maginot, servant principalement de dépôt de munitions jusqu’aux années 1960. Abandonné puis sauvé par l’association ARFUPE depuis 1989, il est aujourd’hui restauré dans son état de 1914, avec ses cuirassements opérationnels, ses casemates armées et ses équipements d’époque (cuisines, pont-levis, moteurs). Classé monument historique en 2002 avec ses glacis et la batterie M35 adjacente, il offre un témoignage exceptionnel de 40 ans d’histoire militaire française, complété par le fort voisin de Bois-l’Abbé, non modernisé.
Le site se distingue par des singularités architecturales rares : une double citerne de 140 m3, des galeries de contremine accessibles depuis un coffre double, ou encore un réseau de fils barbelés intact. La tourelle Galopin de 1907, pièce maîtresse de 250 tonnes, symbolise l’ingéniosité des fortifications de l’Est, tandis que la conservation des grilles défensives, des chambrées et des observatoires en fait un cas unique. Le fort servit même de décor au film Nos patriotes (2016), soulignant son ancrage dans la mémoire collective.
L’association ARFUPE, en restaurant méticuleusement les lieux (y compris les tourelles de mitrailleuses en cours de réhabilitation), permet aux visiteurs de découvrir un fort opérationnel, comme figé en 1914. Le contraste avec le fort de Bois-l’Abbé, resté dans son état d’origine, offre une plongée dans l’évolution des stratégies défensives entre 1870 et 1914. Les deux ouvrages, reliés par une voie de 60 cm depuis 2009, sont ouverts au public de mai à septembre, perpétuant la transmission de ce patrimoine militaire exceptionnel.