Origine et histoire du Fort de Bois l'Abbé
Le fort de Bois-l'Abbé, situé à Uxegney dans le Grand Est, est une fortification de type Séré de Rivières construite entre 1884 et 1885. Intégré à la place forte d’Épinal, il illustre les systèmes défensifs de l’Est de la France à la fin du XIXe siècle. Son architecture trapézoïdale, ses caponnières doubles et son magasin à poudre de 30 tonnes reflètent les standards militaires de l’époque. Contrairement à d’autres forts, il n’a subi aucune modernisation majeure après 1885, conservant ainsi son état d’origine, y compris ses fours à pain opérationnels et son puits surmonté d’une pompe foulante.
Le fort a brièvement porté le nom de fort Poniatowski en 1887, en hommage au maréchal polonais Józef Antoni Poniatowski, avant de retrouver son appellation initiale quelques mois plus tard. Son rôle stratégique déclina après la crise de l’obus-torpille (1885), mais il surveillait initialement les axes nord-ouest d’Épinal, complétant le fort voisin d’Uxegney. Abandonné au XXe siècle, il fut sauvé par l’association ARFUPE, qui le restaure depuis 1995. Aujourd’hui, il se visite exceptionnellement, révélant des singularités comme ses escaliers monumentaux ou ses supports de mitrailleuses uniques en France.
Classé Monument Historique en 2002, le fort se distingue par la qualité de ses maçonneries en grès local et la préservation de ses équipements : pont-levis à bascule, lanterneaux vitrés, et même des édicules Goux dans la cour. Son toponyme, attesté dès le XIe siècle sous la forme Bois-Labbé, évoque une zone boisée et un possible domaine médiéval. L’association ARFUPE y organise des visites les 14 juillet et lors des Journées du Patrimoine, mettant en valeur ce patrimoine militaire rare.
Parmi ses particularités techniques, le fort permet une circulation abritée entre tous ses locaux, une rareté pour l’époque. Ses caponnières abritent des supports de mitrailleuses modèle 1900, uniques en France, et son magasin à poudre présente un sas d’entrée atypique, avec un puits de lumière et un accès par échelons. Les travaux de restauration en cours, menés avec un souci du détail remarquable, ont redonné vie à des éléments comme les fours Lamoureux ou un fourneau François-Vaillant de 1903, restauré par des lycéens de Remiremont.
Le site conserve aussi des traces de son armement d’origine : quatre canons de 120 mm et deux de 90 mm, positionnés sur le cavalier pour surveiller les routes venues de Domèvre-sur-Avière et les lisières de la forêt du Souche. Malgré sa petite taille, le fort offre une complexité architecturale inattendue, avec des voûtes à ressauts et des maçonneries d’une qualité exceptionnelle. Son histoire reflète les évolutions stratégiques de la fin du XIXe siècle, marquées par l’abandon progressif des forts non modernisés après 1885.