Origine et histoire du Fort de Charlemont
Le fort de Charlemont, situé à Givet sur un éperon calcaire dominant la Meuse, fut érigé au 3e quart du XVIe siècle sur ordre de Charles Quint pour protéger la ville des incursions françaises. Son nom rend hommage à l’empereur (« mont de Charles »), et sa construction mobilisa 3 000 ouvriers, 20 000 fantassins et 3 000 cavaliers dès 1555. Les défenses naturelles (falaises de 80 m) limitèrent les bastions au nord, où trois bastions à orillons en « as de pique » furent construits, typiques des fortifications de la Renaissance. Le front ouest, vulnérable, fut protégé par un ouvrage à cornes et une « Couronne d’Asfeld » au XVIIe siècle.
Conquis par Louis XIV en 1678, le fort fut intégré au royaume de France par le traité de Ryswick (1697). Vauban y renforça les défenses, ajoutant une enceinte autour de Givet. Au XIXe siècle, le système Séré de Rivières y ajouta un abri-caverne et un escalier relié à un tunnel ferroviaire, permettant un ravitaillement discret. Le fort joua un rôle clé lors des deux guerres mondiales : bombardé en 1914, il résista avant de tomber ; en 1940, son artillerie retardant l’avancée allemande fut détruite par la Luftwaffe. Libéré en 1944, il abritera 11 000 soldats américains pendant la bataille des Ardennes.
De 1961 à 2009, le fort servit de centre d’entraînement commando (CEC), inauguré par le général Massu pour la 11e Division légère d’intervention. Les parcours d’aguerrissement et les spécialités enseignées (mines, survie) en firent un site militaire emblématique. Classé Monument Historique en 1927, il est aujourd’hui géré par la communauté de communes Ardenne Rives de Meuse. Son intérêt écologique est majeur : classé en ZNIEFF et Natura 2000, il abrite des espèces protégées comme le Damier de la succise et des chauves-souris rares, tout en offrant un stratotype géologique du Givétien.
La tour Maugis, intégrée aux défenses, fut modifiée par Vauban en 1678 pour devenir le fort de la Macque, relié à Charlemont par une caponnière. Occupé par les Russes en 1816, il résista aux bombardements de 1940. Le site, partiellement effondré en 2024 (pointe est), fait l’objet de réhabilitations depuis 2011. Son éclairage nocturne, projet initié en 1999, vise à valoriser son patrimoine tout en préservant la réserve naturelle adjacente, riche en pelouses calcicoles et falaises abritant une biodiversité remarquable.
Ancienne commune indépendante jusqu’en 1800, Charlemont fusionna avec Givet après avoir abrité 151 habitants en 1911, avant leur départ définitif en 1914. Le fort illustre les évolutions militaires (de Charles Quint à Séré de Rivières) et les enjeux stratégiques de la vallée de la Meuse, tout en incarnant un patrimoine naturel et historique unique en Grand Est.