Origine et histoire
Le fort de Chavagnac, situé près de l’extrémité de la digue de Querqueville, a été projeté dès 1846 mais édifié seulement à partir de 1854, sous le Second Empire. Il fait partie du système défensif de la rade de Cherbourg, la deuxième plus grande rade artificielle du monde après celle de Ras Laffan au Qatar. Sa construction s’inscrit dans un vaste projet de fortification lancé au XVIIIe siècle pour sécuriser ce port militaire stratégique, face aux menaces anglaises et aux besoins de défense côtière.
Le fort porte le nom du comte Gilbert Pierre Alexandre de Chavagnac (1745-1809), officier de marine qui identifia en 1787 une roche en mer lors de sondages, marquant l’emplacement futur de l’ouvrage. De plan triangulaire avec des angles arrondis, il présente deux étages de feux et pouvait accueillir jusqu’à 60 bouches à feu. Sa cour intérieure est entourée de batteries casematées, et il fut bétonné au XIXe siècle pour s’adapter aux évolutions de l’artillerie.
La rade de Cherbourg, dont le fort de Chavagnac est un élément constitutif, fut un chantier titanesque débuté en 1783 sous Louis XVI. La digue centrale, longue de 4 km, fut achevée en 1853, tandis que les digues Est et Ouest, incluant plusieurs forts, ne furent terminées qu’en 1895. Ces aménagements visaient à créer un abri sûr pour la flotte française, capable de rivaliser avec les ports anglais. Le fort de Chavagnac, inscrit aux monuments historiques en 2021, illustre l’ingénierie militaire de l’époque et son rôle dans la protection de la côte normande.
Le projet initial de la rade fut marqué par des débats techniques et des interruptions, notamment pendant la Révolution française. Les ingénieurs, comme Louis-Alexandre de Cessart et Joseph Cachin, se succédèrent pour achever les digues et les forts. Napoléon Ier relança les travaux en 1802, et Napoléon III les finalisa, faisant de Cherbourg un port militaire majeur. Le fort de Chavagnac, bien que moins connu que d’autres ouvrages comme celui de l’île Pelée, joue un rôle clé dans la défense de la passe Ouest de la rade.
En 2012, une tentative de vente du fort échoua, et la Direction de l’immobilier de l’État le remit en vente en 2016. Malgré son inscription récente au titre des monuments historiques, son avenir reste incertain, reflétant les défis de préservation des fortifications côtières. Son architecture, typique des forts du XIXe siècle, et son histoire liée à la marine française en font un témoignage important du patrimoine militaire normand.