Origine et histoire du Fort de Joux
Le Fort de Joux, initialement un château médiéval du XIIIe siècle, fut construit pour contrôler la cluse de Pontarlier, passage stratégique entre la France et la Suisse dans le massif du Jura. Son origine remonte à un guet en bois nommé Iors par les Séquanes, puis à un péage romain. Au Moyen Âge, les sires de Joux, descendants de princes burgondes, en firent une place forte grâce aux revenus du péage et à l’exploitation du sel, du fer et des forêts. Le château, mentionné dès 1039 sous le nom de Miroaltum, devint un enjeu entre les comtes de Bourgogne, les Hochberg et les ducs de Bourgogne comme Philippe le Bon, qui l’acquit en 1454.
Au XVIIe siècle, le fort fut conquis par Louis XIV lors des guerres de Franche-Comté et modernisé par Vauban, qui y ajouta des enceintes bastionnées et un puits de 147 mètres. Transformé en prison d’État sous Louis XV, il accueillit des prisonniers célèbres comme Mirabeau, Toussaint Louverture (qui y mourut en 1803), et le marquis de Rivière. Le fort joua aussi un rôle militaire durant les guerres révolutionnaires, la retraite de Bourbaki en 1871, et les deux guerres mondiales, où il servit de plateforme d’artillerie dans la ligne Maginot.
Au XIXe siècle, le capitaine Joffre y installa des casemates Mougin et des canons de 155 mm, avant que l’obus-torpille ne les rende obsolètes. Classé monument historique en 1996, le fort abrite aujourd’hui un musée et des événements culturels, comme le Festival des Nuits de Joux. Son architecture reflète des siècles d’évolutions militaires, des donjons médiévaux aux fortifications de Vauban et aux galeries souterraines de Joffre. Les légendes locales, comme celle de Berthe de Joux ou des Dames d’Entreportes, ajoutent une dimension mythique à son histoire.
Le site se compose de cinq enceintes successives, dont la cinquième, reconstruite par Joffre, intègre des innovations comme des escaliers minés et des puits de lumière. Les vestiges médiévaux, comme la tour Mirabeau ou le donjon, côtoient des éléments Vauban (porte d’honneur, fossés) et des ajouts du XXe siècle (électricité, casemates). Le grand puits, creusé par Vauban, et les citernes témoignent des défis logistiques en montagne. Le fort, propriété de la commune, est aujourd’hui un lieu de mémoire et de tourisme, célébrant son rôle dans l’histoire militaire, pénitentiaire et culturelle de la France.
Parmi les épisodes marquants, la résistance du fort aux Autrichiens en 1814, son utilisation comme prison pour les chouans et prêtres réfractaires, ou son bombardement en 1871 lors de la retraite de l’armée de l’Est. Les Allemands l’occupèrent durant la Seconde Guerre mondiale, y installant une casemate dans le fort Mahler voisin. Après 1945, désaffecté par l’armée, il fut ouvert au public en 1958 et devint un symbole du patrimoine franc-comtois, mêlant histoire, architecture et légendes.