Origine et histoire de la Tour royale
La Tour Royale, aussi appelée Grosse Tour, est une fortification circulaire édifiée à Toulon entre 1514 et 1524 sur ordre de Louis XII. Conçue par l’ingénieur italien Giovanni Antonio della Porta, elle marque l’entrée de la rade pour en contrôler l’accès. Son architecture Renaissance, inspirée des torrioni italiens, combine une esthétique maniériste (bossages rustiques, encadrements de canonnières) et une innovation défensive : deux niveaux de casemates superposées permettant de tirer à la fois sur les coques et les mâts des navires ennemis. La tour, de 60 mètres de diamètre avec des murs de 7 mètres d’épaisseur, intègre un noyau central voûté, des citernes, et un pont-levis.
Financée majoritairement par la couronne (30 000 florins), la Grosse Tour est livrée dès 1524 par son commandant Jehan du Mottet aux impériaux de Charles Quint pour 500 écus. Réarmée par François Ier, elle résiste à la flotte de Charles Quint en 1536 et abrite l’artillerie toulonnaise lors de l’hivernage de la flotte ottomane en 1543. Au fil des siècles, son rôle évolue : prison sous la Révolution (où croupissent paolistes et révolutionnaires), entrepôt militaire, et caserne pendant les guerres mondiales. Vauban, dans ses mémoires de 1679 et 1701, la qualifie de « très belle pièce » mais inachevée, proposant des aménagements partiellement réalisés (donjon, chemin de ronde).
Classée Monument Historique en 1947 après les dommages de la Seconde Guerre mondiale, la tour est restaurée et ouverte au public en 2006 par la ville de Toulon. Elle abrite aujourd’hui une annexe du musée national de la Marine. Son parc paysager adjacent, aménagé sur d’anciens terrains militaires, accueille un mémorial des sous-mariniers et le bathyscaphe FNRS III. Symbole de la défense de la rade, elle précède les forts Balaguier et Lamalgue, qui compléteront son système défensif aux XVIIe et XVIIIe siècles.
La conception de la Grosse Tour reflète les influences de la Renaissance italienne, avec une géométrie savante et des voûtes rayonnantes en cul-de-four. Son architecte, Della Porta, membre d’une dynastie milanaise, y intègre des escaliers en berceau rampant et des casemates alvéolées, innovantes pour l’époque. Malgré son obsolescence progressive face aux forts bastionnés, elle reste un témoignage unique de l’art militaire de la transition Moyen Âge-Renaissance en Provence.
Les archives révèlent que le chantier, lancé en 1514, emploie jusqu’à 200 ouvriers et connaît des accélérations après 1517, avec un coût total estimé à 38 000 livres. La tour, utilisée comme arsenal, est assiégée dès 1524 lors de la campagne de Charles de Bourbon. Au XVIIe siècle, des batteries basses sont ajoutées par l’ingénieur Gombert, mais Vauban critique leur efficacité. En 1841, ses canons sont modernisés, et en 1907, sa plate-forme haute est équipée de pièces de 47 mm, supprimées en 1909.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, occupée par les Allemands, la tour subit des bombardements en 1943-1944. Restaurée après 1947, elle perd son corps de caserne détruit. En 1951, elle devient une annexe du musée de la Marine, avant d’être acquise par Toulon en 2006. Son parc, créé sur d’anciens terrains militaires, offre une promenade en bord de mer et rend hommage aux sous-mariniers, avec un mémorial érigé en 2009.