Origine et histoire
Le fort de l’île Pelée, situé à l’est de la digue de Cherbourg, fut édifié entre 1779 et 1784 sous la direction des ingénieurs Ricard et Pierre-Jean de Caux. Ce projet s’inscrivait dans un vaste plan de fortification de la rade, initié par Louis XVI pour créer un port militaire capable d’abriter 80 navires de guerre. Le fort, d’un coût estimé à 4 millions de francs, présentait une structure en granite de Chausey, avec trois étages de feux et une capacité de 108 bouches à feu. Il fut baptisé Fort-Royal par le roi lors de sa visite en 1786, avant de changer de nom selon les régimes politiques (Fort-National, Fort-Impérial, etc.).
En 1786, le comte d’Artois (futur Charles X) et Louis XVI visitèrent le site, ce dernier tirant symboliquement un mortier pour marquer l’achèvement des premiers travaux. Le fort, conçu comme une citadelle avec une enveloppe casematée et un réduit central, fut modernisé à la fin du XIXe siècle : une chape de béton de cinq mètres fut ajoutée pour résister aux évolutions de l’artillerie. Pendant la Révolution, il servit de prison pour des figures comme le babouviste Buonarroti ou le général vendéen de Cormatin. Son architecture initiale, avec une cour centrale et des fossés, fut partiellement transformée par ces aménagements défensifs.
Au XXe siècle, le fort fut équipé d’une centrale électrique et d’un ascenseur, reflétant son rôle stratégique persistent. En 1914, l’île Pelée fut cédée par la Marine nationale, et le fort fut finalement inscrit aux monuments historiques en 2021. Aujourd’hui, il témoigne des ambitions militaires de la France aux XVIIIe et XIXe siècles, ainsi que des innovations techniques de l’époque, comme l’utilisation de caissons en bois remplis de pierres pour construire la digue adjacente.
La rade de Cherbourg, dont le fort est un élément constitutif, fut un chantier titanesque lancé en 1783 et achevé en 1853 pour la digue centrale. Les travaux, interrompus par la Révolution, reprirent sous Napoléon Ier, qui en fit une priorité pour contrer l’Angleterre. La digue, longue de 4 km, fut complétée par des forts comme celui de l’Ouest ou de Querqueville, formant un système défensif cohérent. Le fort de l’île Pelée, avec ses remaniements successifs, illustre l’évolution des stratégies militaires et l’adaptation des infrastructures aux progrès technologiques.
Le site fut également le théâtre d’événements symboliques, comme la visite de la reine Victoria en 1858, marquant l’apogée de la rade comme port militaire et commercial. Malgré les destructions partielles pendant la Seconde Guerre mondiale, le fort et la digue survécurent, contrairement à d’autres ouvrages comme le fort de l’Est, détruit. Aujourd’hui, le fort de l’île Pelée, propriété du syndicat mixte Ports normands associés, reste un vestige majeur du patrimoine défensif français, classé et protégé pour son histoire et son architecture.