Origine et histoire
Le Fort de l’Ouest fait partie des trois forts érigés en 1860 sur la digue centrale de la rade de Cherbourg, un projet colossal lancé sous Louis XVI en 1783 et achevé sous Napoléon III en 1853. Cette digue, longue de 3 640 mètres, fut conçue pour créer une rade artificielle protégée, deuxième plus grande au monde après celle de Ras Laffan (Qatar). Les travaux, interrompus à plusieurs reprises (notamment pendant la Révolution et sous le Premier Empire), furent repris par Bonaparte en 1802, qui ordonna son achèvement selon la méthode de La Bretonnière, avec des adaptations pour y installer des canons.
La digue du Large, large de 100 mètres à sa base et haute de 27 mètres, fut finalement complétée par les digues de l’Est (1890–1894) et de l’Ouest (1889–1896) sous la Troisième République. Le Fort de l’Ouest, situé à l’extrémité occidentale, jouait un rôle clé dans la défense de la passe Ouest, large de 1 100 mètres, aux côtés des forts Central et de l’Est. Contrairement à ce dernier, détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, le Fort de l’Ouest a survécu et a été classé Monument Historique en 2021 (après une première inscription la même année).
Le système défensif de Cherbourg, incluant ce fort, reflète les évolutions stratégiques des XVIIIe et XIXe siècles, marquées par les rivalités franco-anglaises. La rade, conçue pour abriter 80 navires de guerre, devint un enjeu majeur après la défaite navale de 1692 (bataille de la Hougue), où des vaisseaux français furent détruits faute de protections. Les ingénieurs de Cessart, La Bretonnière, et Cachin se succédèrent pour adapter les techniques (caissons, enrochements) aux défis maritimes et militaires.
Le Fort de l’Ouest, comme les autres ouvrages de la digue, fut conçu pour résister aux assauts maritimes et aux bombardements. Son architecture, typique des fortifications post-vaubaniennes, intègre des casemates et des plates-formes d’artillerie. Bien que moins documenté que les forts de l’île Pelée ou de Querqueville, il partage leur destin : une modernisation partielle à la fin du XIXe siècle (bétonnage, adaptations aux canons longs) et une désaffectation progressive au XXe siècle. Aujourd’hui, il témoigne de l’ambition française de maîtriser la Manche, face à la menace britannique.
Contrairement aux forts de l’Est (ruiné en 1944) ou Central (capturé en 1944 après un bombardement américain), le Fort de l’Ouest n’est pas mentionné comme ayant joué un rôle actif pendant les conflits mondiaux. Son classement récent (2021–2025) souligne cependant son importance patrimoniale, au sein d’un ensemble où seuls sept forts sur les dix initiaux subsistent. La digue, épargnée par les Allemands en 1944, reste un symbole de la résilience stratégique de Cherbourg, port militaire encore actif.