Origine et histoire du Fort de Penthièvre
Le fort de Penthièvre, situé à l'entrée de la presqu'île de Quiberon sur la commune de Saint‑Pierre‑Quiberon (Morbihan), commande l'accès au niveau de l'isthme, très étroit à cet endroit. Après le débarquement et le pillage de la presqu'île par les Anglais en 1746, la construction d'un ouvrage défensif fut décidée en 1747 pour renforcer le littoral sud de la Bretagne. Suivant les plans de l'ingénieur de Marolles, le duc de Penthièvre fit édifier le fort sur l'escarpement appelé La Palice, au point le plus étroit de la presqu'île, mais l'ouvrage resta inachevé à la fin de la guerre de Succession d'Autriche. Les travaux reprirent lors de la guerre de Sept Ans et, en 1761, l'ingénieur Fourcroy ajouta trois redoutes le long de la côte sud‑est et referma la gorge du fort par un mur crénelé. Au début des guerres révolutionnaires, un camp retranché fut établi en reliant la redoute la plus proche au fort par deux retranchements. Le 3 juillet 1795 le fort se rendit aux émigrés débarqués par la flotte anglaise, qui établirent ensuite des retranchements au nord pour barrer l'isthme ; il fut repris le 20 juillet par les troupes républicaines du général Hoche, qui exploitèrent la faiblesse de la gorge côté falaise. Dès 1795‑1796 des projets envisagèrent d'améliorer la fermeture du fort et d'y ajouter un réduit côté mer ; ces travaux conduisirent en 1803 au lancement d'une caserne défensive casematée, laissée inachevée à la fin de l'Empire et achevée dans les années 1820‑1830. Sous l'Empire on commença aussi à approfondir le fossé, à aménager des casemates de tir dans la contrescarpe et à creuser des galeries de mine sous le glacis ; ces travaux furent repris et menés à terme dans les années 1830‑1840, période durant laquelle l'enceinte fut entièrement reconstruite. Peu d'aménagements furent réalisés pour le camp retranché et la redoute malgré plusieurs projets, et le fort conserva finalement son magasin à poudre du XVIIIe siècle après l'échec d'un projet de nouveau magasin à la fin des années 1840. En 1847 l'armement attribué au fort, au camp retranché et à la redoute comprenait six canons de 30 livres, deux de 24, un de 12, quatre de 8, deux obusiers de 22 cm en bronze, un de 22 cm en fonte, deux de 12 cm, deux mortiers de 32 cm, dix de 27 cm et cinq de 15 cm. Le décret du 10 août 1853 classa le fort comme poste dans la deuxième série des places de guerre. Bien que sa fonction de réduit de la presqu'île ait été remise en cause par la construction du fort de Saint‑Julien en 1885‑1886, Penthièvre fut conservé et réarmé : au milieu des années 1880 on y construisit des emplacements de tir avec traverses‑abris, un nouveau magasin à poudre et l'armement fut composé de six canons de 120 mm de Bange et de trois canons de 5 De Reffye. Comme d'autres ouvrages littoraux, le fort servit de camp de prisonniers pendant la Première Guerre mondiale. Il est inscrit au titre des Monuments historiques en 1933 et passa la même année à la Marine, restant désaffecté jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle l'armée allemande l'occupa et y aménagea quelques ouvrages pour canons légers et mitrailleuses. Entre avril et juillet 1944, plusieurs dizaines de résistants furent détenus et massacrés au fort ; 59 d'entre eux périrent durant cette période, cinquante le 13 juillet 1944, et plusieurs corps furent enterrés dans une galerie de mine, mémoire à laquelle rend hommage un monument érigé après la guerre. Depuis 1969 le fort sert de centre d'entraînement dépendant du 3e régiment d'infanterie de marine de Vannes.