Origine et histoire du Fort de Queuleu
Le fort de Queuleu, aussi appelé fort Goeben, est un élément clé de la première ceinture fortifiée de Metz, édifié entre 1868 et 1870 sous l’impulsion du lieutenant-colonel Séré de Rivières. Conçu comme un « fort détaché », il devait former une enceinte discontinue autour de la ville, avec des forts espacés selon la portée des canons de l’époque. Son architecture s’inspire des enceintes bastionnées de Vauban et Cormontaigne, avec une façade de 700 mètres côté ville et quatre fronts de 350 mètres chacun. Le fort, inachevé lors de la guerre franco-prussienne de 1870, est complété par les Allemands après l’annexion de l’Alsace-Moselle, devenant un symbole des tensions franco-allemandes.
Entre 1872 et 1889, les ingénieurs allemands modernisent le fort, y ajoutant des abris cuirassés, des casemates de flanquement, des batteries annexes et des galeries de contre-mines. Renommé Feste Goeben en hommage au général prussien August Karl von Goeben, il perd son rôle stratégique après 1899 avec la construction d’une seconde ceinture fortifiée plus éloignée. Pendant la Première Guerre mondiale, il sert de camp pour prisonniers de guerre, puis, entre 1940 et 1944, les nazis en font un camp d’internement pour résistants, antichambre de la déportation vers les camps de concentration comme Natzweiler-Struthof.
Libéré en novembre 1944 par les Américains après des combats acharnés lors de la bataille de Metz, le fort devient un Centre de séjour surveillé pour les collaborateurs et civils allemands jusqu’en 1946. Entre 1948 et 1950, il accueille des travailleurs indochinois, anciens requis coloniaux restés en France après la guerre. Désaffecté militairement en 1971, il est partiellement classé Monument Historique en 1970 et 1972. Depuis 1977, un mémorial y commémore les victimes de la Résistance et de la Déportation, tandis que des associations œuvrent pour sa préservation et sa valorisation comme lieu de mémoire.
Le fort se distingue par son architecture militaire complexe, incluant une enceinte bastionnée, un cavalier central dominant, un fossé de gorge renforcé et des batteries annexes. Ses casemates en pierre de Jaumont, ses galeries souterraines et ses aménagements défensifs reflètent les évolutions technologiques des XIXe et XXe siècles. Aujourd’hui, le site abrite aussi un parcours de santé et sert de décor pour des tournages cinématographiques, tout en restant un symbole des souffrances endurées pendant les conflits mondiaux.
Les protections patrimoniales incluent l’inscription de la caserne II/casemate A en 1970 et l’intégralité du site en 1972. Une convention signée en 2016 par l’État et les collectivités locales a permis la réhabilitation partielle du fort, avec la création d’un centre d’interprétation pour transmettre l’histoire de ce lieu chargé d’émotion. Les graffitis laissés par les prisonniers, les cellules de la casemate A et les vestiges des aménagements allemands témoignent encore de son passé tourmenté.