Origine et histoire du Fort et du village troglodytique
Le fort de Tursac, perché sur la falaise dominant la Vézère, fut édifié entre les XIVe et XVe siècles pour contrôler le passage fluvial. Son système défensif combinait un fossé taillé dans le roc à l’ouest, une douve sèche au nord-est, et une falaise infranchissable au sud. Une tour circulaire occupait l’angle nord-ouest, tandis qu’une rampe d’accès menait à l’entrée est. À mi-hauteur, une corniche abritait des dépendances (écuries ou entrepôts) protégées par une muraille, ainsi qu’une chapelle gothique du XVe siècle, partiellement creusée dans la roche.
Le village troglodytique de la Madeleine, adossé à la même falaise, remonte au moins au IXe siècle. Ses habitations semi-troglodytiques – mi-naturelles, mi-construites – exploitaient les abris sous roche préexistants, comme l’abri de l’Est doté d’un four banal du XIIe siècle encore utilisé aujourd’hui. Le château de Petit Marzac, construit par les comtes de Sireuil entre le XIe et XIVe siècle, dominait l’ensemble. Sa tour Saint-Martin et son enceinte à cinq pans, bordée d’un fossé, illustrent une architecture défensive adaptée à l’évolution des techniques militaires (absence de canonnières suggérant une construction antérieure à l’artillerie).
L’occupation médiévale se superpose à un site préhistorique majeur : l’abri de la Madeleine, gisement éponyme du Magdalénien (Paléolithique supérieur). Fouillé dès 1863 par Édouard Lartet et Henry Christy, il livra des objets d’art mobilier (comme un mammouth gravé sur ivoire) et une sépulture d’enfant ornée d’une parure de 1 100 coquillages, datée vers 10 200 ans BP. Classé Monument Historique en 1956 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1979 avec les sites de la vallée de la Vézère, il symbolise la continuité humaine sur ce promontoire stratégique.
La chapelle seigneuriale, dédiée à Sainte Marie-Madeleine, présente une dualité stylistique : une partie romane du XIe siècle taillée dans la roche (sol pavé, autel orienté à l’est) et une extension gothique du XIIe siècle (voûtes en croisées d’ogives, arcs brisés). Ce lieu de culte, accolé à la falaise, donna son nom au village et au site préhistorique. Le château, passé aux mains de la famille de Beynac après un incendie en 1660, tomba en ruine, tandis que le four médiéval et les vestiges du fort témoignent encore de la vie quotidienne et militaire des XIVe–XVe siècles.
Au-delà de son rôle défensif, le site illustre l’adaptation humaine à un environnement karstique. Les habitants médiévaux exploitèrent les grottes naturelles pour créer un village hybride, combinant constructions en dur et espaces creusés. Le four banal, toujours en service, rappelle l’organisation collective du Moyen Âge, où les seigneurs (comme les comtes de Sireuil) contrôlaient les ressources et les infrastructures. L’abandon progressif du château après 1660 coïncide avec la perte de son utilité stratégique, marquant la fin de son âge d’or militaire.