Origine et histoire du Fort l'Ecluse
Le fort l’Écluse, initialement appelé « fort de la Cluse », est construit sur l’emplacement d’un château fort édifié par les sires de Gex au début du XIIIe siècle. Il est agrandi aux XVIe et XVIIe siècles, puis profondément remanié au XIXe pour s’adapter à l’évolution de l’artillerie. Situé entre la montagne du Grand Crêt d’Eau et le Rhône, il verrouille le défilé stratégique de l’Écluse, à l’ouest du bassin genevois. Le site intègre même la route dans ses murs de 1720 à 1933, avant le percement d’un tunnel routier.
À l’Antiquité, le défilé de la Cluse était déjà un passage clé entre les territoires helvètes et les provinces romaines. Jules César le décrit dans La Guerre des Gaules comme une « route étroite et malaisée », dominée par une haute montagne. En -58, il y fait édifier une ligne de fortification pour bloquer les Helvètes en migration, mais aucun ouvrage n’est construit à l’emplacement actuel du fort.
Au Moyen Âge, le site appartient aux moines de Saint-Claude, qui l’inféodent en 1225 à Amédée II de Gex. Ce dernier y bâtit une tour (dite « tour de César »), transformée en maison forte pour contrôler le péage sur la route commerciale entre le Léman et Bellegarde. En 1293, le site est vendu au comte de Savoie Amédée V, marquant son rôle dans les conflits entre Dauphiné et Savoie (1282–1355). La maison forte devient alors un château.
Aux XVIe et XVIIe siècles, le fort est ciblé par les Bernois et les Français lors des guerres pour le marquisat de Saluces. Après le traité de Lyon (1601), qui cède le pays de Gex à la France, le fort est modernisé : fossés élargis, embrasures ajoutées, et une seconde enceinte intégrant la route (1720–1723). La garnison est alors composée d’invalides. Entre 1814 et 1815, le fort subit quatre assauts pendant les guerres napoléoniennes, passant alternativement sous contrôle autrichien et français.
Au XIXe siècle, le fort est reconstruit et renforcé sous la direction du chef de bataillon Soyer (à partir de 1820). Un second ouvrage est ajouté en hauteur, relié par une galerie souterraine de 1 165 marches avec positions de tir. Malgré ces aménagements, l’annexion de la Savoie à la France en 1860 réduit son importance stratégique. Pendant la Première Guerre mondiale, il sert de poste de surveillance vers la Suisse.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, le fort est un point clé du secteur défensif du Rhône (ligne Maginot). En juin 1940, la garnison résiste aux Allemands avant d’être faite prisonnière. Occupé par les nazis puis repris par les maquisards en 1944, il devient un centre de détention pour prisonniers allemands jusqu’en 1947. Abandonné en 1960, il est sauvé par une association en 1978, puis racheté en 1981 par le syndicat intercommunal du pays de Gex. Aujourd’hui, le site est ouvert au public et propose visites, expositions et parcours aventure.