Origine et histoire du Fort Paté
Le fort Paté est une fortification militaire construite entre 1689 et 1693 sur l’île Paté, dans l’estuaire de la Gironde, sous la direction de Vauban. Il fait partie d’un système défensif tripartite avec la citadelle de Blaye et le fort Médoc, conçu pour empêcher les navires ennemis d’atteindre Bordeaux. Louis XIV valide sa construction en 1690, malgré les défis posés par le sol instable de l’île, un banc de sable formé quelques décennies plus tôt. Pour stabiliser les fondations, un double grillage de bois fut installé, et des techniques locales utilisant des excréments mélangés à du sable et du calcaire permirent de consolider les berges.
De forme ovale et mesurant 12 mètres de haut, le fort est construit en pierre de taille et en brique, avec 32 meurtrières au rez-de-chaussée entourant le magasin à poudre. Son armement initial, documenté en 1759, comprenait 8 canons de 36 livres, 10 de 24 livres et 2 de 12 livres. Les tirs depuis la batterie basse visaient la ligne de flottaison des navires (« tir à couler bas »), tandis que la terrasse servait au « tir à démâter », utilisant des chaînes pour détruire les mâts ennemis. Le fort, bien que conçu comme une architecture dissuasive plus que strictement défensive, joua un rôle clé dans la protection de Bordeaux contre les menaces anglaises ou espagnoles.
Classé monument historique en 1935 puis en 2013, le fort Paté est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008, aux côtés des autres sites majeurs de Vauban. Son nom, initialement lié à l’utilisation de matières fécales (« Isle Chiabrena ») pour la consolidation des berges, fut officiellement changé en « fort Paté » par décret royal, en référence à la forme ronde du pâté préféré de Louis XIV. En 1948, il fut acquis par un notaire médocain, avant d’être mis en vente par ses descendants en 2014. Aujourd’hui, il témoigne des innovations techniques de l’époque et de l’ingéniosité de Vauban dans l’adaptation aux contraintes géographiques.
L’île Paté, autrefois instable et sujette à l’érosion, fut stabilisée grâce à des techniques combinant végétaux, excréments et calcaire, créant un cercle vertueux permettant la construction durable. Les guérites en pierre, les gargouilles pour l’évacuation des eaux et la citerne souterraine illustrent une architecture minimaliste mais fonctionnelle. Bien que moins ambitieux que le projet initial (un fort à quatre bastions), le fort Paté reste un exemple emblématique de l’art militaire du XVIIe siècle, alliant stratégie défensive et adaptation au terrain.