Origine et histoire du Fort Saint-André
Le fort Saint-André, situé à Salins-les-Bains dans le Jura, trouve ses origines au XIIIe siècle avec une tour médiévale construite en 1255 par Jean de Chalon pour protéger la grande saline. Ce site stratégique, entouré de fortifications satellites (châteaux de Bracon, Belin, Guyon), est progressivement abandonné puis renforcé entre 1638 et 1645 pendant la guerre de Dix Ans. La tour, détruite et reconstruite en 1347, devient un enjeu militaire majeur lors des conflits franco-espagnols.
En 1668, la Franche-Comté est brièvement conquise par les armées de Louis XIV, mais le traité d'Aix-la-Chapelle la restitue à l'Espagne. Le fort résiste en 1674 à un siège de 16 jours mené par le duc de la Feuillade, avant d'être reconstruit de 1674 à 1679 sous la direction de Vauban, après le rattachement définitif de la région à la France. L'ingénieur militaire conçoit une citadelle bastionnée adaptée au relief, avec fossés, demi-lunes, et casemates, capable d'abriter 500 soldats.
Le fort joue un rôle défensif clé jusqu'au XIXe siècle : il résiste aux Autrichiens en 1814 et 1815, puis aux Prussiens en 1871, ralentissant leur avancée vers la Suisse. Transformé en prison d'État (accueillant des détenus de l'affaire des poisons en 1682), il devient caserne puis colonie de vacances au XXe siècle. Classé Monument historique en 1993, il est aujourd'hui une résidence touristique et un site patrimonial ouvert aux visites guidées.
L'architecture du fort reflète le premier système de Vauban : un quadrilatère irrégulier avec front bastionné à l'ouest, demi-bastions casematés, et un réduit appelé nid d'aigle sur une excroissance rocheuse. L'intérieur comprend deux casernes symétriques, une chapelle, une poudrière, et des magasins d'artillerie. La porte monumentale, ornée de symboles solaires, rappelle son commanditaire, Louis XIV, dont la devise Nec Pluribus Impar figure sur la courtine.
Au fil des siècles, le fort subit des modifications : restauration du front de tête en 1818, suppression de la porte nord sous la monarchie de Juillet, et ajout de casemates intérieures en 1871. Occupé par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, il est partiellement détruit avant d'être sauvé par des bénévoles et la municipalité. Depuis 2006, il allie préservation patrimoniale et activité touristique, avec des gîtes et des événements culturels.
Son histoire est marquée par des figures comme Vauban, le duc de la Feuillade, ou le général Marulaz, qui négocia sa préservation en 1814. Le fort illustre les enjeux stratégiques de la Franche-Comté, région frontalière disputée entre royaumes de France et d'Espagne, puis entre empires lors des guerres napoléoniennes.