Origine et histoire du Fort Vauban
Le fort d'Alès, souvent attribué à Vauban bien qu'il n'y ait jamais travaillé, fut édifié entre 1686 et 1688 sur la colline de la Roque, surplombant la ville. Ce projet, mené par l'intendant Basville après la révocation de l'édit de Nantes (1685), visait à contrôler les assemblées protestantes cévenoles. François Ferry, ingénieur en chef et élève de Vauban, supervisa les travaux, tandis que Michel Raulet recrutait les ouvriers locaux. Le fort remplaça les ruines des châteaux comtal et baronnial, ainsi que le couvent des Capucins, dont les pierres furent réutilisées.
Conçu en forme de U, le fort abritait deux corps de logis : l'un pour le gouverneur et l'état-major, l'autre pour la garnison et les prisonniers protestants. Son enceinte défensive comprenait six bastions, quarante embrasures à canon, un fossé, et une porte principale couverte par une demi-lune. La tour Sainte-Anne et le château des barons furent démolis, seule une porte du XIIIe siècle étant conservée. Dès 1688, une garnison royale y fut installée, marquant son rôle répressif dans la région.
Après la Révolution, le fort devint une prison nationale (1789), puis fut partiellement cédé à la ville d'Alès en 1810 pour y établir des ateliers de charité et des prisons civiles. Les conflits de propriété entre l'État, la ville et le département du Gard se multiplièrent au XIXe siècle, notamment après sa transformation en maison d'arrêt (1830-1990). Le fort servit aussi de caserne, de gymnase (1880), et abritera plus tard un musée et une bibliothèque. Malgré son nom, il est l'œuvre de François Ferry, inspirée des principes de Vauban.
Le site, classé partiellement aux Monuments Historiques en 1973 (bastions, échauguettes, porte), fut le théâtre de tensions entre ses usages carcéraux et publics. La prison ferma définitivement en 1990, mais le département du Gard en reste propriétaire. Les fossés et certains bastions (comme ceux de la Roque ou des Capucins) subsistent, bien que les ouvrages avancés aient disparu avec l'aménagement de jardins publics.
Le fort symbolise les luttes religieuses des Cévennes : lieu de répression post-révocation de l'édit de Nantes, il emprisonna aussi des résistants pendant les deux guerres mondiales. Son architecture, bien que typique du système Vauban (étoile, bastions), reflète les adaptations locales par Ferry, sans intervention directe du maître. Aujourd'hui, il incarne un patrimoine militaire et mémoriel complexe, entre héritage répressif et réappropriation civile.