Origine et histoire des fortifications
Les fortifications d'Aire-sur-la-Lys ont protégé la ville du Moyen Âge jusqu’à leur démantèlement en 1893. Initialement conçues comme une motte castrale au XIe siècle par les comtes de Flandre, elles évoluent avec l’ajout d’un second château au XIIIe siècle, entouré de remparts et de fossés. Ces défenses médiévales, renforcées aux XIVe et XVe siècles, intègrent des tours rondes et des systèmes de veille, reflétant l’organisation bourgeoise de la protection urbaine.
Au XVIe siècle, face à l’émergence de l’artillerie et aux conflits entre la France et les Habsbourg, Charles Quint modernise les fortifications en ajoutant des boulevards puis des bastions (Thiennes, porte d’Arras, porte de Saint-Omer, Notre-Dame). Ces aménagements, typiques de la fortification bastionnée, transforment Aire en une place forte stratégique aux Pays-Bas espagnols. Les plans de l’ingénieur Giovanni Maria Olgiati (1553) attestent de cette transition vers des structures adaptées aux canons.
La ville, devenue française après le siège de 1676, bénéficie des améliorations de Vauban. Entre 1682 et 1686, l’ingénieur Gourdin, sous sa direction, renforce les défenses par des contre-fossés, des batardeaux et un système d’inondation des abords. Vauban appuie aussi la suppression de certains ouvrages à corne au profit de demi-lunes, optimisant la protection des portes. Ces travaux s’inscrivent dans la politique du Pré Carré, faisant d’Aire une pièce maîtresse du dispositif défensif nord.
Au XVIIIe siècle, trois figures marquent les fortifications : Matthieu Demus (contre-garde de Thiennes, casernes), Louis Courdoumer (achèvement des contre-gardes), et Étienne Chevalier de Lencquesaing (demi-lunes, corps de garde). Leurs interventions, entre 1740 et 1761, parachèvent un réseau de quatre contre-gardes et modernisent les infrastructures militaires, comme la caserne de la Blanchierie. Après 1760, l’entretien prime sur les innovations, malgré des rapports annuels réclamant des fonds.
Le démantèlement, décidé en 1871 mais effectif à partir de 1893, s’étale sur trois ans. Malgré des résistances locales et des accidents mortels liés aux explosifs, les remparts cèdent pour laisser place à des boulevards et des réseaux urbains (gaz, accès). Le coût final (925 000 francs) dépasse largement les estimations, mais libère des terrains vendus par la ville. Seuls subsistent aujourd’hui des vestiges comme les portes d’Arras et de Saint-Omer, le bastion des Chanoines, ou la poudrière du XVIIIe siècle.
Parmi les éléments préservés, le bastion de Beaulieu (XVIIe siècle) et la poudrière (restaurée en 1991) illustrent l’héritage espagnol, tandis que le fort Saint-François (ou Gassion) et les casernes réhabilitées en logements témoignent de l’adaptation civile de ce patrimoine. La chapelle du fort, déplacée à La Motte-au-Bois, symbolise aussi les recompositions post-démantèlement. Ces traces matérielles rappellent les trois sièges subis par la ville et son rôle de ville-frontière entre royaumes.