Origine et histoire des fortifications
Les fortifications de Briançon, conçues par Vauban et réalisées sous Louis XIV, forment un ensemble défensif exceptionnel adapté au relief alpin. Elles intègrent l'enceinte urbaine, les forts des Salettes, des Trois-Têtes, du Randouillet, ainsi que le pont d'Asfeld (1729-1731), chef-d'œuvre d'ingénierie militaire franchissant la Durance à 56 mètres de haut. Ces ouvrages, classés à l'UNESCO en 2008, illustrent l'adaptation stratégique aux contraintes montagneuses pour contrer les invasions venues d'Italie via le col de Montgenèvre.
La ville, déjà mentionnée sous le nom de Brigantion par Strabon au Ier siècle av. J.-C., occupait une position clé sur la voie romaine reliant la Gaule à l'Italie. Au Moyen Âge, Briançon se développe comme bourg fortifié sous les Dauphins de Viennois, obtenant en 1343 une charte de franchises lui accordant une autonomie remarquable. Les fortifications actuelles furent principalement édifiées après 1692, lorsque Vauban, alarmé par les raids savoyards, proposa un système défensif exploitant les hauteurs environnantes.
Le pont d'Asfeld, nommé en l'honneur de son constructeur, le marquis d'Asfeld, est un élément emblématique du dispositif. Long de 60 mètres et large de 4, il reliait la ville aux forts des Têtes et des Salettes, permettant un contrôle total des accès. Les travaux, menés entre 1729 et 1731, mobilisèrent des techniques innovantes pour l'époque, comme l'utilisation d'échafaudages suspendus au-dessus du vide. Ce pont symbolise l'audace des ingénieurs militaires du XVIIIe siècle.
Au XIXe siècle, les fortifications furent modernisées par le général Haxo, puis par Séré de Rivière dans les années 1880, pour faire face aux progrès de l'artillerie et aux tensions avec l'Italie. Le fort de l'Infernet, construit à 2 380 mètres d'altitude, devint alors le plus haut d'Europe. Ces aménagements reflètent l'importance stratégique persistante de Briançon, ville-frontière après le traité d'Utrecht (1713) qui fixa la limite au col de Montgenèvre.
La vocation militaire de Briançon déclina au XXe siècle, notamment après la fermeture du Centre National d'Aguerrissement en Montagne en 2009. Aujourd'hui, les fortifications, classées secteur sauvegardé depuis 1987 et labellisées Ville d'art et d'histoire, attirent les touristes pour leur patrimoine architectural et leur intégration paysagère. Leur préservation est assurée par des programmes de restauration, comme celui mené sur les remparts dans les années 1980.
Le classement UNESCO en 2008, aux côtés de onze autres sites vaubaniens, a renforcé la notoriété internationale de Briançon. Les fortifications y sont présentées comme un modèle d'adaptation militaire à un environnement montagnard, combinant innovation technique et respect du territoire. Leur histoire reflète aussi les mutations géopolitiques des Alpes, entre conflits franco-savoyards et coopération transfrontalière actuelle.
Les visites guidées mettent en lumière des éléments comme la communication Y, un passage souterrain reliant les forts, ou les casemates creusées dans la roche. Ces vestiges racontent l'évolution des techniques de siège, des canons du XVIIe siècle aux blockhaus du XXe. Le musée de la ville conserve par ailleurs des maquettes et des plans originaux de Vauban, témoignant de la précision de ses projets.
Briançon doit aussi sa renommée à son rôle dans l'histoire du ski militaire. Au début du XXe siècle, le 159e régiment d'infanterie alpine, caserné dans la ville, y fonda la première école de ski de France (1903), inspirée des techniques norvégiennes. Les fortifications servirent alors de terrain d'entraînement pour les soldats, préfigurant les unités de chasseurs alpins. Cette double identité, à la fois ville fortifiée et berceau du ski alpin, enrichit son patrimoine.
Enfin, les fortifications s'inscrivent dans un paysage culturel plus large, incluant la vieille ville médiévale et ses édifices religieux comme la collégiale Notre-Dame (XVIIe siècle). Leur préservation s'accompagne de projets urbains, comme la réhabilitation de la caserne Berwick en éco-quartier, illustrant la transition d'une cité militaire vers une destination touristique et résidentielle durable.