Origine et histoire des fortifications
Les fortifications de Caen, situées dans la région Normandie, sont un témoignage majeur du patrimoine militaire médiéval. Leur construction s’étale du XIe au XVIIe siècle, avec une phase cruciale au XIVe siècle après le sac de la ville par Édouard III en 1346. Les habitants, autorisés par Philippe de Valois, reconstruisent alors les murailles à leurs frais, créant une enceinte en pierre flanquée de 32 tours et protégée par des fossés. Ces ouvrages, souvent remaniés, reflètent les évolutions stratégiques et urbaines de Caen, notamment sous l’influence de Vauban, qui les qualifie de « forteresse sur laquelle on peut compter ».
Au XIIe siècle, Caen se compose de plusieurs bourgs autonomes (Bourg-l'Abbé, Bourg-l'Abbesse, Bourg-le-Duc), unifiés par des remparts sous Philippe Auguste. Le château, fondé vers 1060 par Guillaume le Conquérant, joue un rôle central avec ses tours emblématiques comme la tour Puchot ou la tour de la Reine Mathilde. Les abbayes aux Hommes et aux Dames, fondées au XIe siècle, sont également fortifiées, avec des murs délimitant leurs faubourgs. L’île Saint-Jean, transformée en île artificielle au XIIe siècle par Robert Courteheuse, est protégée par des remparts et des tours comme la tour Leroy, reliée par une chaîne pour contrôler l’accès au port.
Les destructions commencent dès le XVIIIe siècle, avec le démantèlement progressif des portes et tours (porte Millet en 1755, porte Saint-Étienne en 1758) pour moderniser la ville. Malgré cela, des vestiges subsistent, comme la tour Ès-Morts ou des tronçons de muraille mis au jour lors de fouilles archéologiques récentes (2015, 2024). Ces découvertes, notamment le bastion de la Foire ou la courtine du XVIe siècle place Gambetta, rappellent l’importance stratégique de Caen, marquée par des sièges répétés pendant la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion.
Les fortifications de Caen illustrent aussi l’adaptation aux progrès militaires, avec l’ajout de bastions au XVIe siècle (bastion des Jésuites, bastion de la Cercle) sous l’impulsion d’ingénieurs comme Jean Errard. Ces aménagements, bien que partiellement inachevés, ont façonné le paysage urbain actuel, où des odonymes (rue Porte-au-Berger, fossés Saint-Julien) perpétuent leur mémoire. Leur destruction systématique aux XVIIIe et XIXe siècles répond à des enjeux d’urbanisme et de circulation, effaçant progressivement ce patrimoine défensif.
Aujourd’hui, les vestiges classés (tour Ès-Morts, portions de remparts) et les fouilles archéologiques offrent un aperçu de ce système défensif complexe. Les fortifications de Caen, bien que fragmentaires, restent un symbole de la résilience de la ville face aux conflits, tout en témoignant de son évolution depuis le Moyen Âge jusqu’à l’époque moderne.