Origine et histoire des fortifications
Les fortifications de Caudebec-en-Caux ont été construites à partir de 1378, dans un contexte de généralisation de l’artillerie à feu. Le projet, déjà bien avancé en 1364 grâce à une surimposition accordée à la ville, est achevé vers 1374. L’enceinte, en forme de trapèze, comprend quatre fronts protégés par des fossés alimentés par les rivières locales, ainsi que quatre tours d’angle, dont la tour des Fascines (servant de donjon) et la tour d’Harfleur. Trois portes principales — porte d’Harfleur, porte de Maulévrier et porte de Rouen — permettent l’accès à la ville, tandis qu’un ouvrage défensif, la forteresse de la Mordière, renforce le front ouest.
À la fin du XVe siècle, la tour des Fascines est partiellement arasée et transformée en casemate pour s’adapter à l’artillerie moderne. Les fortifications, représentatives des défenses urbaines médiévales tardives, subissent un démantèlement progressif au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, il ne reste que des vestiges : les bases des tours Saint-Martin et des Fascines, ainsi que des traces du tracé des remparts dans le parcellaire. La porte de Rouen, dernier élément notable, est rasée en 1864. Aujourd’hui, seuls les soubassements des tours subsistent, témoins de ce système défensif complexe.
Les fortifications intègrent des innovations militaires de leur époque, comme des fossés inondables et des tours adaptées aux canons. Leur construction reflète les tensions géopolitiques de la fin de la guerre de Cent Ans, où les villes normandes, situées sur des axes stratégiques (comme la Seine), se dotent de défenses renforcées. L’enceinte de Caudebec-en-Caux illustre ainsi la transition entre les châteaux forts médiévaux et les fortifications bastionnées de la Renaissance.
Classées Monument Historique en 1996, les vestiges protégés incluent la tour d’Harfleur et la tour des Fascines, avec leur galerie de communication. Ces éléments, propriété de la commune, rappellent l’importance stratégique de Caudebec, ville portuaire sur la Seine, dans les échanges entre Rouen, Harfleur et la mer. Leur état actuel permet d’étudier l’évolution des techniques défensives entre le XIVe et le XVe siècle.