Origine et histoire des fortifications
Les fortifications du Mont-Saint-Michel correspondent à une enceinte urbaine construite entre les XIIIe et XVIe siècles pour protéger le mont et son abbaye, notamment pendant la guerre de Cent Ans. À l’origine, une simple palissade en bois entourait l’îlot, sauf l’abbaye déjà fortifiée en pierre. Après les ravages de l’armée bretonne de Guy de Thouars en 1204, les moines décidèrent d’élever une fortification en pierre. Sous Saint Louis (vers 1257), une première porte fut érigée à l’est, marquant le début des défenses avancées.
Au XIVe siècle, l’abbaye devint un acteur militaire clé. L’abbé Pierre Le Roy (1386–1410) renforça les remparts avec des ouvrages comme la tour des Corbins, le châtelelet et une barbacane. En 1417, l’abbé Robert Jollivet enferma la ville basse dans une enceinte crénelée flanquée de six tours, dont les tours du Roy et de l’Arcade. Les Anglais, malgré des sièges répétés (1424, 1434), ne parvinrent jamais à prendre le Mont, grâce à ces fortifications et à l’adaptation aux nouvelles armes comme l’artillerie.
L’enceinte, dite basse, protégeait un bourg médiéval peuplé de pêcheurs, commerçants et serviteurs des moines. Ses éléments les plus anciens (XIIIe siècle) incluent des courtines et des tours semi-circulaires, tandis que des bastions comme la tour Boucle (XVe siècle) illustrent l’innovation face aux canons. La tour Gabriel (1534), avec son plan circulaire adapté à l’artillerie, et les entrepôts fortifiés des Fanils complètent le dispositif. Les remparts, classés en 1875 et inscrits à l’UNESCO, symbolisent à la fois la résistance militaire et l’ingéniosité architecturale médiévale.
L’entrée unique du Mont, dépourvue de fossé, fut particulièrement renforcée : la porte du Roy (1430), précédée d’une barbacane et d’un boulevard, intégrait des systèmes de défense avancés comme des herses et des vantaux basculants (tapecu). Sous François Ier, une avancée triangulaire fut ajoutée pour contrer les tirs d’artillerie. Les tours, telles la tour Béatrix (1440) ou la tour Nord (1311), combinaient fonctions défensives et symboliques, certaines servant de guet ou de soute à munitions.
Les fortifications furent restaurées en 1731 sous Louis XV, mais leur rôle militaire déclina après le Moyen Âge. Aujourd’hui, elles témoignent de l’évolution des techniques de siège, depuis les palissades médiévales jusqu’aux bastions adaptés aux bombardes. Leur classement parmi les monuments historiques (1875) et leur inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO soulignent leur valeur universelle, à la fois stratégique, architecturale et historique.