Origine et histoire du Fortin de Tizzano
Le fortin de Tizzano, situé sur la commune de Sartène en Corse-du-Sud, trouve ses origines au XVIe siècle avec la construction d’une tour génoise. Ce premier édifice, typique des défenses côtières de l’époque, visait à protéger les populations locales des raids barbaresques qui frappaient régulièrement les côtes méditerranéennes. La Corse, alors sous domination génoise, subissait des attaques fréquentes, comme en témoigne la prise de Sartène en 1583 par Hassan Veneziano, roi d’Alger, qui réduisit en esclavage des centaines d’habitants.
Dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, sous l’impulsion de l’intendant de Corse, la tour initiale fut intégrée à une enceinte plus vaste, cantonnée de quatre tours circulaires. Cet ensemble fortifié, doté d’un chemin de ronde, était conçu pour renforcer la protection de la Cala di Tizzano, un petit port naturel servant d’abri aux pêcheurs locaux. L’accès à la forteresse était contrôlé par une porte surmontée d’un linteau monolithe, caractéristique des constructions militaires génoises.
Le fortin de Tizzano s’inscrit dans un contexte historique marqué par les tensions en Méditerranée et la nécessité pour Gênes de sécuriser ses possessions corses. Les tours littorales, comme celle de Tizzano, faisaient partie d’un réseau de signalisation destiné à alerter les populations en cas d’incursion ennemie. Malgré ces dispositifs, les attaques persistaient, illustrant les limites des fortifications face à des forces supérieures. Aujourd’hui, les ruines du fortin, inscrites aux Monuments historiques depuis 1985, rappellent cette période troublée et le rôle stratégique de la Corse dans les conflits méditerranéens.
La région de Sartène, par sa position géographique et son histoire, fut un enjeu majeur pour les puissances méditerranéennes. Le fortin de Tizzano, bien que modeste par sa taille, symbolise les efforts déployés pour protéger les côtes et les activités locales, notamment la pêche. Son abandon progressif reflète aussi l’évolution des menaces et des stratégies défensives à partir du XIXe siècle, lorsque la Corse passa sous administration française et que les raids barbaresques déclinèrent.
Enfin, le site de Tizzano, avec sa baie et son fortin, offre un témoignage architectural des techniques militaires génoises. Les vestiges actuels permettent d’étudier l’adaptation des fortifications aux contraintes locales, comme le relief accidenté et les ressources disponibles. Ce patrimoine, bien que partiellement en ruines, reste un marqueur identitaire pour les habitants de Sartène et un lieu chargé d’histoire pour les visiteurs.