Origine et histoire des Fours à chaux
Les fours à chaux du Rey, situés à Regnéville-sur-Mer dans le département de la Manche, ont été construits entre 1852 et 1854 selon les plans de l’ingénieur Pierre Simoneau. Ces quatre fours, utilisant le procédé innovant dit Simonneau, permettaient une cuisson au bois ou à la houille pour produire de la chaux grasse, principalement destinée à l’amendement des terres acides de l’ouest armoricain. Leur implantation exploitait un gisement calcaire local et le port d’échouage voisin, où transitaient charbon gallois et pierre à chaux vers la Bretagne et les îles Anglo-Normandes. L’activité cessa vers 1880, avec le déclin du chaulage agricole.
Le site, abandonné pendant un siècle, fut redécouvert en 1982 grâce à l’initiative de deux passionnés : Jean-Claude Énault, maire de Regnéville, et Luc Macé-Malaurie, directeur du Conservatoire de musique. Leur projet culturel aboutit en 1983 à un concert inaugural (Beethoven, Haydn, Haendel) qui attira 600 spectateurs, relançant l’intérêt pour les fours. Ceux-ci, inscrits aux monuments historiques en 1991, furent restaurés et transformés en musée maritime, géré par le département de la Manche. Le musée retrace aujourd’hui l’histoire industrielle et maritime du village, incluant la reconstitution d’une corderie fermée en 1925 et des expositions sur le cabotage.
L’histoire de Regnéville-sur-Mer, port actif dès le Moyen Âge, est étroitement liée à ces fours. Au XIXe siècle, la commune était un carrefour commercial : les foires médiévales d’Agon et Montmartin attiraient les marchands, tandis que les armateurs du Havre et Honfleur y organisaient la pêche à Terre-Neuve. Les fours à chaux, bien que brièvement exploités, illustrent cette transition entre une économie maritime traditionnelle et l’industrialisation précoce. Leur sauvegarde symbolise aussi la préservation d’un patrimoine industriel régional, aujourd’hui valorisé par des animations culturelles et pédagogiques.
Le procédé Simonneau, caractéristique des fours du Rey, se distingue par une structure à ciel ouvert avec trois niveaux : le gueulard (chargement), un espace intermédiaire pour la surveillance, et le niveau de déchargement. Deux galeries équipées de foyers secondaires permettaient de brûler de l’ajonc, optimisant la cuisson. Ces innovations techniques, combinées à la position stratégique du site (proximité du calcaire et du port), firent des fours un modèle d’efficacité éphémère. Leur désaffectation précoce reflète les mutations agricoles de la fin du XIXe siècle, marquées par l’abandon progressif des amendements calcaires.
Aujourd’hui, les fours à chaux du Rey appartiennent au Conseil départemental de la Manche, qui en assure la conservation dans le cadre du réseau des sites et musées départementaux. Le musée maritime adjacent propose des maquettes, outils anciens, et une épave pour évoquer la vie des marins, des calfat aux gréeurs, ainsi que l’âge d’or du cabotage. Un film sur le château médiéval de Regnéville, autrefois protecteur du port, complète la visite en liant patrimoine maritime et architectural.