Origine et histoire du Garage
Le garage hélicoïdal de Grenoble est une réponse architecturale innovante à l’essor de l’automobile dans les années 1920. Conçu par les architectes grenoblois Louis Fumet et Louis Noiray, ce projet vise à pallier l’absence de garages dans les immeubles anciens de la ville. En 1927, ils obtiennent l’autorisation municipale pour construire un édifice en béton armé sur un terrain central de l’îlot Bressieux, masquant ainsi sa structure hélicoïdale aux regards. Le promoteur, Joseph Gallizia, propriétaire partiel du terrain et entrepreneur, supervise les travaux via sa société CEPECA (Conduites et Poteaux en Ciment Armé), débutés en 1928.
Inauguré le 27 juillet 1932, le garage accueille initialement 225 véhicules sur une rampe en spirale de 7 révolutions, desservant des boxes privés autour d’un puits central elliptique surmonté d’une verrière conique. Son régime de copropriété, formalisé en 1928, concerne uniquement l’intérieur des cellules, tandis que les parties communes (rampe, ascenseur, sanitaires) restent collectives. La façade Art déco, dessinée par l’architecte Georges Serbonnet, s’intègre discrètement à un immeuble d’habitation, dissimulant totalement la structure intérieure.
En 1952, une surélévation autorisée ajoute 25 boxes sur la terrasse, portant la capacité à 252 places, tout en conservant la verrière d’origine. Ce garage, toujours en activité, illustre l’adaptation urbaine à la motorisation massive : entre 1920 et 1933, le nombre de voitures à Grenoble passe de 2 845 à 23 069. Son fonctionnement initial inclut des services complets (entretien, carburant, gardiennage), réduits aujourd’hui au seul gardiennage. Labellisé « Patrimoine du XXe siècle » en 2003 et classé Monument Historique depuis le 31 juillet 1989, il incarne une période charnière de l’histoire urbaine et industrielle.
Techniquement, l’ouvrage repose sur une structure en béton armé avec 8 joints de dilatation, une rampe de 7 mètres de large (pente de 5 %) et des boxes calculés pour des véhicules de 3 tonnes. Chaque niveau dispose d’équipements communs (lavabos, WC, téléphone), tandis qu’un ascenseur central dessert les piétons. La verrière, les cours intérieures éclairant les boxes et le puits d’aération central témoignent d’une conception fonctionnelle et esthétique. Le garage a aussi servi de décor à des films comme Cavale (2002) ou Loin du périph (2022).
Son originalité réside dans sa discrétion urbaine : construit au cœur d’un îlot, il reste invisible depuis la rue, contrairement à d’autres garages hélicoïdaux français. Cette intégration, couplée à son style Art déco et à son système de copropriété pionnier, en fait un modèle unique. Le déclin des garages aériens au profit des parkings souterrains dans les décennies suivantes n’a pas altéré son usage, maintenu grâce à des adaptations mineures (comme les parkings au sol ajoutés en 1952).