Origine et histoire de la gare
La gare de Senlis, inaugurée en 1862 par la Compagnie des chemins de fer du Nord, était un modèle standard dessiné par l'ingénieur Lejeune, similaire à celle de Chantilly-Gouvieux. Elle desservait initialement la ligne Chantilly-Senlis, prolongée vers Crépy-en-Valois en 1870, reliant ainsi Paris à Soissons. Ce nœud ferroviaire jouait un rôle clé pour les voyageurs locaux et le transport de marchandises, avec des haltes comme Vineuil ou Aumont.
Pendant la Première Guerre mondiale, la gare fut incendiée par les troupes allemandes le 2 septembre 1914, en représailles aux résistances locales. Plutôt que de reconstruire à l’identique, la Compagnie opta pour un nouvel édifice confié à Gustave Umbdenstock et Urbain Cassan. Le bâtiment actuel, achevé en 1922, rompt avec les standards ferroviaires par son style néo-régionaliste inspiré de la Renaissance flamande, intégrant briques, pierre, et une flèche horloge signée Vérité.
La gare perdit progressivement son usage ferroviaire : fermeture aux voyageurs en 1950, puis au fret dans les années 1990, notamment à cause de la LGV Nord. Désaffectée, elle devint une gare routière avant d’être acquise par la ville en 2004. Depuis 2007, elle abrite une maison de l’emploi, tout en restant protégée au titre des monuments historiques depuis 2001. Son parvis conserve une fonction multimodale dans l’écoquartier en développement.
Architecturalement, la gare se distingue par sa maçonnerie mixte (brique/pierre), son campanile sans clocher, et ses décors intérieurs en mosaïque et fer forgé (lanternes par Lerolle). Les armes de Senlis et sa devise, ajoutées en 1920, ornent la façade, tandis que l’horloge et les lucarnes « style flamand » soulignent son ancrage régional. L’article de L’Architecture usuelle (1923) salue cette « gare artistique », louant son harmonie avec le patrimoine local.
La ligne ferroviaire, initialement conçue pour désenclaver Senlis, fut progressivement abandonnée : 1938 pour le trafic voyageurs vers Chantilly, 1950 vers Crépy, puis 1991 pour le fret, scellant la fin de son rôle ferroviaire. Aujourd’hui, le site, propriété publique, symbolise à la fois l’histoire industrielle de l’Oise et les mutations urbaines, entre mémoire patrimoniale et reconversion fonctionnelle.