Origine et histoire de la gare
La gare de Tourcoing, située sur les lignes de Fives à Mouscron et de Somain à Halluin, a remplacé une première station mise en service en 1842. L'accroissement du trafic voyageurs et marchandises, notamment lié à l'industrie lainière, a entraîné dès le milieu du XIXe siècle des travaux d'extension puis un projet de gare nouvelle à la fin du siècle. Entre 1897 et 1903 ont été menées des enquêtes et conventionnées l'acquisition et la rétrocession de terrains nécessaires ; le programme prévoyait une gare voyageurs avec hall et quais, des voies séparées pour les services voyageurs et les trains de passage, des voies extérieures pour le fret, des installations pour machines, une usine électrique et, côté frontière, des équipements de marchandises et de douane ainsi qu'un dépôt. Les travaux menés à partir d'avril 1904 s'achèvent en 1905 ; la réalisation a longuement été attribuée à Sydney Dunnett, mais les plans sont signés par les ingénieurs Clément Ligny, M. Aumont et Vainey, qui se sont inspirés de la gare voisine de Roubaix. L'édifice, de style néo‑Louis XIII mêlant brique et pierre, présente un corps central long de 110 mètres encadré de pavillons à haute mansarde, un hall central ouvert sur un pignon métallique vitré surmonté d'une horloge, et une grande halle métallique abritant les quais. La façade, rythmée par des pilastres alternant pierre et brique, abritait autrefois un hôtel, un bureau de poste, un restaurant, des logements et des services tels que télégraphe et douane, adaptés à son rôle de gare frontière. La nouvelle gare, organisée autour d'une cour pavée donnant sur plusieurs rues en éventail, a été inaugurée lors de l'exposition de 1906 en présence du président de la République. La partie commerciale, correspondant à la halle des voyageurs, a été rénovée en 1982 et le bâtiment voyageurs a fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le 28 décembre 1984. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la gare fut le point de départ du « Train de Loos » le 1er septembre 1944, convoi de déportation de prisonniers politiques. L'ouverture partielle de la LGV Nord en 1993 a modifié les relations longues distances, les TGV remplaçant une partie des trains Corail. En décembre 2015, l'arrivée de services Ouigo a nécessité des aménagements et entraîné une forte hausse de fréquentation, qui passa d'environ 169 000 voyageurs en 2015 à plus d'un million en 2017 avant de se replier sous l'effet de la pandémie et de remonter à 710 223 en 2023. La collectivité a racheté l'ancienne halle Sernam en 2018 puis l'a cédée à un promoteur en 2019 en vue d'une réhabilitation mixte ; parallèlement, entre 2020 et 2022, le bâtiment voyageurs et ses abords ont fait l'objet d'un chantier de restauration et de création d'un pôle d'échanges, d'un coût de 7,2 millions d'euros, incluant la requalification des espaces publics, un garage à vélos et un parking relais de 270 places. Un garage de rames TGV est implanté à l'est de la gare, intégré au Technicentre Nord‑Pas‑de‑Calais, pour compenser la saturation du technicentre de Fives et assurer l'entretien courant de rames, dont des Duplex utilisés par Ouigo. Aujourd'hui, la gare conserve sa double vocation historique — desserte voyageurs et facilités pour le fret et la frontière — tout en ayant été adaptée aux évolutions ferroviaires et aux besoins d'intermodalité.