Origine et histoire du gisement de la Micoque
Le gisement de la Micoque, situé sur la commune des Eyzies-de-Tayac-Sireuil en Dordogne, est un site préhistorique emblématique du Paléolithique ancien et moyen. Il a été découvert en 1895 après qu’un propriétaire local ait signalé à Pierre Fournier la présence de pierres retouchées. Les fouilles menées dès la fin du XIXe siècle par des archéologues comme Louis Capitan, Édouard Harlé, et Denis Peyrony ont révélé des industries lithiques inédites, dont le Tayacien et le Micoquien, deux cultures préhistoriques majeures. Le site a joué un rôle clé dans la compréhension de la contemporanéité des cultures préhistoriques, autrefois considérées comme successives.
Les recherches se sont poursuivies tout au long du XXe siècle, avec des contributions notables d’Otto Hauser, François Bordes, Henri Laville, et Jean-Philippe Rigaud. Les fouilles ont permis de définir une séquence stratigraphique complexe, divisée en trois ensembles sédimentaires, dont l’ensemble moyen a livré la majorité des vestiges archéologiques. Les datations placent ces dépôts entre les stades isotopiques 12 et 10, soit entre environ 480 000 et 335 000 ans avant notre ère. Les industries lithiques, marquées par des outils comme des bifaces, des racloirs et des denticulés, témoignent de techniques de taille évoluées pour l’époque.
Le site de la Micoque est classé au titre des monuments historiques depuis 1922 et fait partie des quinze « sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère » inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979. Aujourd’hui, il est protégé mais accessible, avec des visites-conférences organisées sur réservation. Un panneau d’information, installé par le Pôle international de la Préhistoire, marque une étape du sentier « Boucle de la Micoque », permettant aux visiteurs de découvrir ce lieu fondamental pour l’étude de la Préhistoire européenne.
Les fouilles ont également révélé que les dépôts sédimentaires, autrefois attribués à des phénomènes cryoclastiques, étaient en réalité des alluvions déposées par des cours d’eau. Cette découverte a permis de mieux comprendre les conditions environnementales de l’époque, notamment grâce à la présence de gastéropodes caractéristiques de milieux aquatiques tempérés. Les niveaux archéologiques, bien que perturbés par des phénomènes post-dépositionnels, restent une source inestimable pour étudier les premières occupations humaines en Europe.
Parmi les artefacts les plus significatifs, on trouve des outils acheuléens et moustériens, ainsi que des bifaces soignés typiques du Micoquien. Ces découvertes ont permis de redéfinir les chronologies et les relations entre les différentes cultures préhistoriques. Le site continue d’être étudié, avec des révisions stratigraphiques récentes, comme celle publiée par Jean-Pierre Texier et Pascal Bertran en 1993, qui a affiné la compréhension de son histoire sédimentaire et de sa chronologie.
La Micoque est ainsi un lieu de référence pour les archéologues et les historiens, offrant un éclairage unique sur les modes de vie et les technologies des hominidés durant le Paléolithique. Son inscription à l’UNESCO et son classement comme monument historique soulignent son importance patrimoniale et scientifique, tant au niveau national qu’international.