Patrimoine classé
Le gisement paléolithique de la Roche-Cotard, en totalité, composé de la grotte ornée dite « grotte d’Achon », son réseau souterrain, l’ensemble des cavités et réseaux karstiques, la falaise et son talus pour le sol et le sous-sol, situé sur les parcelles n°21, 124, 126, 128, 130, 132, 164, 166, 199, 202, 204, 206, 208, 210 et 212 de la section BI du cadastre, tel que délimité et coloré en vert sur le plan annexé à l'arrêté : classement par arrêté du 7 mai 2021
Personnages clés
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| François d’Achon |
Propriétaire ayant découvert la cavité en 1912 |
| Jean-Claude Marquet |
Archéologue ayant mené des fouilles à partir de 1975 |
| Francesco d’Errico |
Chercheur ayant proposé une fonction utilitaire pour le masque moustérien |
| Paul Pettitt |
Chercheur ayant évoqué l’hypothèse d’un jouet pour le masque moustérien |
Origine et histoire
La grotte de la Roche-Cotard, site paléolithique situé à Langeais (Indre-et-Loire), est connue notamment pour un bloc de silex dit « masque moustérien », interprété comme l’une des premières manifestations artistiques attribuées à l’Homme de Néandertal. Enfouie sous plusieurs mètres de sédiments, l’entrée a été dégagée dès 1846 et la cavité mise au jour fortuitement le 17 janvier 1912 par le propriétaire François d’Achon, qui y révéla quatre salles en enfilade, de nombreux ossements et une centaine d’objets en silex attribués au Moustérien. Une campagne menée par Jean-Claude Marquet à partir de 1975 a permis de découvrir de nombreuses gravures et de repérer deux sites complémentaires, dénommés Roche-Cotard II et III. Le gisement a été inscrit au titre des monuments historiques par arrêté le 5 février 2018 puis classé en avril 2021.
La Roche-Cotard I est une cavité naturelle s’ouvrant au sud dans la falaise de tuffeau de la berge de la Loire, comportant plusieurs couloirs pour un développement d’environ 60 m et une seconde ouverture à une quinzaine de mètres de l’entrée principale. Les ossements, retrouvés près de l’entrée, proviennent de plusieurs mammifères dont bisons, ours, chevaux, hyènes, rhinocéros, marmottes et divers cervidés. Vers le fond du premier couloir ont été mis au jour une centaine de silex comprenant coups de poing et haches de type acheuléen, couteaux, racloirs et pointes de type moustérien.
Un sondage effectué sur Roche-Cotard II a mis en évidence, parmi neuf couches sédimentaires, un niveau d’occupation moustérien comprenant trois zones distinctes : une cuvette à l’ouest, un petit amas d’outils au sud-est et une zone périphérique plus pauvre à l’est. La cuvette, creusée dans le sable d’altération du tuffeau, contenait une côte d’un grand herbivore et du sable rubéfié correspondant à l’emplacement d’un foyer ; la côte a fait l’objet d’une datation 14C indiquant un âge supérieur ou égal à 32 100 ans. Autour de cette cuvette ont été relevés quelques racloirs, tandis que l’amas du sud-est rassemblait des lames de type Levallois et des éclats ; la zone orientale, interprétée comme dépotoir, a livré éclats et esquilles d’os parmi lesquels fut découvert le bloc de silex appelé « le masque ». L’absence de très petits éclats et la diversité des origines des silex indiquent que la taille n’a pas été réalisée sur place, ce qui conduit à considérer ce secteur comme un campement de chasseurs moustériens.
Roche-Cotard III correspond à un abri mis au jour par sondage en 1977 ; ses sédiments renfermaient de nombreux ossements de grands mammifères — hyènes des cavernes, loup, renard, cerf élaphe, mégacéros, chevreuil, bœuf primitif, bison, chevaux — ainsi que de plus petits animaux comme lapins et marmottes. La datation 14C d’une omoplate de grand herbivore donne un âge supérieur ou égal à 45 000 ans. La découverte d’une vingtaine d’éclats de silex et d’un nucléus d’origine fluviale indique une occupation humaine avec débitage sur place.
Le « masque moustérien » a été découvert lors d’un sondage sur Roche-Cotard II ; il s’agit d’un petit bloc de silex local mesurant au maximum 10,55 cm de large, 9,8 cm de haut et de 3,10 à 4,05 cm d’épaisseur. Sa face antérieure présente un conduit traversant dans lequel une esquille osseuse de 7,44 × environ 1,4 cm a été introduite et bloquée par de petites plaquettes de manière équilibrée ; le bloc a fait l’objet de retouches par enlèvements d’éclats et d’une régularisation périphérique renforçant sa symétrie, ce qui fait penser à la représentation d’un visage humain ou animal. Le caractère symbolique de l’objet a été contesté : Francesco d’Errico a proposé une fonction utilitaire, contestée par le faible poids du bloc (199 g), et Paul Pettitt a évoqué l’hypothèse d’un jouet, qui n’explique pas la recherche de symétrie.
Deux datations 14C réalisées en 2009 sur des os de la même couche que celle du masque indiquent un âge supérieur à 40 000 ans, et une datation par luminescence stimulée optiquement publiée en 2014 propose un âge de 75 600 ± 5 800 ans pour la couche contenant le masque. Dix panneaux gravés portant des traces de doigts, découverts en 1975, ont fait l’objet d’une étude pluridisciplinaire menée en 2023 ; de nouvelles datations, situant ces tracés entre 75 000 et 57 000 ans, confirment que l’Homme de Néandertal en est l’auteur.