Origine et histoire du Roc de Sers
Le Roc-de-Sers est un site archéologique charentais regroupant plusieurs grottes ornées et abris-sous-roche sur la commune de Sers. Il se situe à 15 km au sud-est d’Angoulême, à 2 km au sud du bourg, au lieu-dit le Roc, d’où son nom. Le gisement occupe la paroi d’une falaise de calcaire crétacé supérieur d’environ 20 m de haut, creusée par un affluent de l’Échelle dans la forêt d’Horte. La grotte principale, exposée au sud, se trouve sur le flanc de la falaise à quelque 130 m d’altitude et à 200 m à l’est de l’Échelle et de la D 87. Le site comprend notamment la grotte de la Fontaine, la grotte de la Vierge, la grotte du Roc et la grotte Est. La grotte de la Vierge a été fouillée au XIXe siècle; la grotte Est par A. Favraud; la grotte de la Fontaine par Thuret puis par Léon Henri-Martin vers 1909, avec une fouille de contrôle menée en 1950 par Germaine Henri-Martin. La grotte du Roc a été découverte en 1907, fouillée par Favraud en 1908, puis reprise par Léon Henri-Martin en 1927. À partir des relevés de Léon et Germaine Henri-Martin, Sophie Tymula a proposé une corrélation stratigraphique comprenant une couche 1 de calcaire en place, une couche 2 attribuée au Solutréen, une couche 3 rattachée au Paléolithique et caractérisée par la présence de « feuilles de laurier », et une couche 4 de terre végétale. En 1923 le gisement a livré une sépulture contenant trois squelettes ensevelis côte à côte sous des pierres et trois dalles; initialement rattachée au Solutréen ou au Magdalénien, cette sépulture date en réalité de 3020 ± 110 av. J.-C. et appartient à l’âge du Bronze. Le site a également fourni des restes de l’antilope saïga (Saiga tatarica). L’industrie lithique se présente de façon différenciée selon les cavités : l’Aurignacien n’est représenté que dans la grotte de la Fontaine par des grattoirs, des burins et des lamelles; la grotte Est a livré des pointes à dos rabattu; et la grotte du Roc offre une industrie périgordienne riche comprenant feuilles de laurier, pointes à crans, grattoirs doubles, grattoirs-burins et grattoirs en éventail. L’industrie osseuse comprend des pointes en bois de renne d’affiliation aurignacienne, des perçoirs périgordiens, des aiguilles, des lissoirs, des ciseaux en bois de renne, parfois décorés, et des armatures de sagaie en bois de renne. L’art pariétal se présente sous la forme de quatorze blocs sculptés attribués au Solutréen final; ces blocs, qui formaient une frise sur une paroi effondrée, sont difficiles à reconstituer et l’un d’eux porte encore des traces de colorant. Les gravures associent les techniques du champ-levé et de la ronde bosse; trois blocs montrent des frises de chevaux, deux représentent de petits chevaux, deux des bouquetins, et figurent aussi un bison, un bison à tête de suidé, des cervidés et une scène remarquable représentant un humain portant un bâton poursuivi par un bovidé identifié comme un bœuf musqué. La frise sculptée est conservée au musée d’archéologie de Saint‑Germain‑en‑Laye, et une reproduction est présentée sur place. Parmi l’art mobilier, les éléments de parure datés du Solutréen comprennent des pendeloques en calcaire poli et des dents percées; le site a aussi livré des plaquettes gravées, dont une représentant un bœuf musqué et un homme fuyant. Classé au titre des monuments historiques depuis 1979, le site a été aménagé pour le public depuis mai 2015 avec une plateforme, un espace d’interprétation et une reproduction de la frise; il est en accès libre et présente la grotte du Roc, la grotte Est, une reproduction de la cabane de fouilles et une exposition de la frise.