Origine et histoire du gisement préhistorique
Le gisement préhistorique du Moustier, situé à Saint-Léon-sur-Vézère en Dordogne, est un site emblématique de la Préhistoire, notamment pour le Paléolithique moyen et supérieur. Il comprend deux abris principaux : l’abri supérieur, où Édouard Lartet et Henry Christy ont découvert en 1860 une industrie lithique nommée Moustérien, et l’abri inférieur, fouillé par Otto Hauser et Denis Peyrony. Ce dernier y a exhumé en 1914 le squelette d’un enfant néandertalien, Le Moustier 2, étudié bien plus tard, en 2002. Le site, acquis par l’État en 1910, est un témoin clé des occupations humaines entre 56 000 et 40 000 ans avant notre ère.
Les fouilles de l’abri supérieur, menées par Lartet, Christy, puis Maurice Bourlon et Denis Peyrony, ont révélé des couches stratigraphiques du Moustérien typique, du Moustérien de Tradition Acheuléenne et de l’Aurignacien. Peyrony a publié en 1930 des travaux précis, bien que l’abri soit aujourd’hui vidé. L’abri inférieur, quant à lui, a livré des vestiges néandertaliens, dont Le Moustier 1, un squelette mal conservé vendu au Musée de Berlin, et des industries lithiques variées (Châtelperronien, Aurignacien). Les datations par thermoluminescence et ESR situent les occupations entre 56 000 et 40 000 ans.
Le Moustier est l’un des quinze sites préhistoriques de la vallée de la Vézère inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979. Son acquisition par l’État en 1910, sur initiative de Denis Peyrony, a permis sa préservation. Les recherches ultérieures, comme celles de H. Laville et J.-Ph. Rigaud en 1969, ont affiné les connaissances stratigraphiques. Le site illustre aussi les méthodes pionnières de François Bordes en typologie lithique, appliquées aux industries moustériennes locales.
Les découvertes du Moustier, notamment les restes néandertaliens, ont joué un rôle crucial dans la compréhension des populations préhistoriques. Le crâne de Le Moustier 1, seul vestige conservé, et la reconstruction virtuelle du crâne de Le Moustier 2 ont permis des comparaisons anthropologiques inédites. Les fouilles ont aussi révélé l’usage de manganèse par les Néandertaliens, étudié en 2019 par Àfrica Pitarch et son équipe. Ces éléments font du Moustier un site de référence pour l’étude des comportements humains anciens.
L’abri inférieur a été le théâtre de découvertes controversées, comme l’exhumation chaotique de Le Moustier 1 en 1907 par Otto Hauser, où le squelette fut plusieurs fois déterré et réenseveli avant d’être vendu. Ce contexte a souligné l’importance des protocoles archéologiques rigoureux, absents à l’époque. Les travaux de Peyrony, en revanche, ont marqué un tournant méthodologique, avec des publications détaillées et une approche stratigraphique précise, encore référencée aujourd’hui.
Classé Monument Historique en 1932 et intégré au patrimoine mondial, le Moustier symbolise à la fois la richesse préhistorique de la Dordogne et les défis de la conservation archéologique. Son inclusion dans l’ensemble des Sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère renforce son statut de patrimoine exceptionnel, attirant chercheurs et visiteurs pour son héritage scientifique et culturel.