Origine et histoire
Le Grand Hôtel Le Broussy et le Grand Café Riche, situés à Rodez, forment un ensemble architectural emblématique construit en 1891. L’immeuble occupe un îlot entier entre l’avenue Victor-Hugo, la rue de l’Abbé-Bessou et la rue Croizat. Sa façade, rythmée par des ouvertures à pans coupés et des garde-corps ornés de motifs Art déco, est surmontée d’une marquise abritant une terrasse décorée de mosaïques et de jardinières en béton. À l’intérieur, le café et l’hôtel conservent des éléments caractéristiques des années 1930 : sols en mosaïque, ferronneries d’art, mobilier en velours, et plafonniers en verre blanc, reflétant l’influence de l’Art déco ruthénois, sobre et géométrique.
En 1928-1930, l’architecte André Boyer, ami du propriétaire Paul Broussy, mène d’importants travaux de rénovation, incluant la création de la terrasse, la reprise de la façade, et la transformation des espaces intérieurs. Les mosaïques sont réalisées par l’entreprise Bellaclat, tandis que les ferronneries, signées Louis Lacout, ornent escaliers, rampes et mobilier. Le peintre orientaliste Maurice Bompard décore le salon de l’hôtel de toiles marouflées et contribue aux tableaux de la salle à manger. Le mobilier du café, fabriqué par l’ébéniste local Louis Vigouroux, complète cet ensemble cohérent, alliant fonctionnalité et esthétique.
Le Grand Café Riche, avec sa grande salle compartimentée par des banquettes et des fauteuils en velours, était prolongé à l’origine par un salon communiquant avec la salle à manger de l’hôtel. Les détails comme les candélabres en fer forgé, les porte-manteaux, ou les cache-radiateurs en forme de volutes, illustrent le soin apporté au second-œuvre. La salle à manger, contrairement au salon Art déco, a conservé son décor éclectique de la fin du XIXe siècle. En 1970, l’hôtel est surélevé de deux étages, puis modernisé, avant d’être racheté en 2007 par le groupe Ruban Bleu, qui restaure les éléments patrimoniaux tout en l’adaptant aux standards contemporains.
Les façades, toitures, mosaïques, et éléments intérieurs (hall, salon Bompard, cage d’escalier) sont inscrits aux Monuments Historiques depuis 2014, après correction d’un arrêté initial omettant la terrasse. L’immeuble, divisé dans les années 1980, a vu ses chambres supérieures cédées à une association, tandis que la partie hôtelière devient un Mercure en 2008. Malgré des modifications comme la suppression de l’ancien bar ou des appliques murales, l’ensemble reste un témoignage majeur de l’architecture et de l’artisanat d’art ruthénois des années 1930.
Les artisans locaux ont joué un rôle central dans la réalisation des décors. Louis Lacout, ferronnier, signe les rampes d’escalier et les éléments de mobilier, tandis que les frères Bellaclat interviennent sur les mosaïques. Maurice Bompard, peintre orientaliste, apporte une touche artistique avec ses œuvres dans le salon et la salle à manger. Ces collaborations soulignent l’ancrage régional du projet, mêlant savoir-faire traditionnels et modernité. L’hôtel et le café, lieux de sociabilité bourgeoise, reflètent aussi l’évolution des modes de vie au début du XXe siècle, entre confort moderne et héritage historique.