Origine et histoire du Grand Palais
Le Grand Palais des Beaux-Arts, construit entre 1897 et 1900 pour l’Exposition universelle de Paris, remplace l’ancien palais de l’Industrie de 1855. Conçu comme un « monument consacré par la République à la gloire de l’art français », il est destiné à accueillir les grandes manifestations artistiques officielles. Son architecture, mêlant structure métallique et décors néoclassiques, incarne l’éclectisme de la Belle Époque. Quatre architectes — Henri Deglane, Albert Louvet, Albert-Félix-Théophile Thomas et Charles Girault — collaborent à sa réalisation après un concours réservé aux Français.
La nef centrale, longue de 240 mètres et surmontée d’une verrière de 8 500 tonnes d’acier, s’inspire du Crystal Palace londonien. Les façades, ornées de quadriges en cuivre de Georges Récipon et de mosaïques de Guilbert-Martin célébrant les civilisations, dissimulent une innovation technique audacieuse. Le Grand Palais s’inscrit dans un projet urbanistique plus large, prolongeant l’axe des Invalides vers les Champs-Élysées, avec le Petit Palais en vis-à-vis et le pont Alexandre-III enjambant la Seine.
Dès son inauguration le 1er mai 1900, le monument accueille salons artistiques, concours hippiques (jusqu’en 1957) et expositions techniques comme le Salon de l’automobile (1901–1961). Pendant les guerres mondiales, il sert d’hôpital militaire ou de casernement. Dans les années 1930, le Palais de la découverte s’y installe définitivement, tandis que les Galeries nationales, créées en 1964, accueillent des rétrospectives majeures (Picasso en 1966). Classé monument historique en 1975, puis dans sa totalité en 2000, il subit une restauration colossale (2001–2007) pour réparer des fondations instables et une charpente corrodée.
Fermé en 1993 pour des raisons de sécurité après la chute de rivets, le Grand Palais rouvre progressivement après des travaux titanesques (101 millions d’euros). Sa verrière, la plus grande d’Europe (17 500 m2), est restaurée dans son vert « Réséda » d’origine, identifié grâce à des archives de l’entreprise Ripolin. En 2020, une nouvelle rénovation (400 millions d’euros) est lancée pour préparer les Jeux olympiques de 2024, où il accueillera escrime et taekwondo. Aujourd’hui, il reste un lieu majeur pour les foires d’art (FIAC, Art Basel) et les événements culturels.
Le Grand Palais symbolise aussi les défis de la conservation patrimoniale : ses 3 400 pieux en chêne, enfoncés dans un sol alluvionnaire instable près de la Seine, ont causé des affaissements différentiels (jusqu’à 14 cm). Les restaurations ont nécessité des injections de béton, le remplacement de 15 000 rivets et la repose des quadriges. Son histoire reflète les tensions entre modernité (projet avorté de Le Corbusier pour un musée du XXe siècle) et préservation, résolues par son classement définitif en 2000.
Au-delà de son rôle culturel, le monument a abrité des usages insolites : commissariat de police, restaurant universitaire, ou même un cirque sous sa verrière pendant la Libération de Paris en 1944. Aujourd’hui, il est desservi par les stations de métro Champs-Élysées–Clemenceau et Franklin D. Roosevelt, et continue d’attirer des millions de visiteurs pour ses expositions, ses défilés de mode (comme ceux de Chanel) et ses événements exceptionnels, comme les concerts de Prince en 2009 ou les nuits électro annuelles.