Origine et histoire du Grand Théâtre
Le Grand Théâtre de Dijon, construit entre 1810 et 1828, incarne l’engouement pour l’architecture néoclassique inspirée de l’Antiquité, en vogue sous le Premier Empire. Son emplacement fut libéré par la destruction de la Sainte-Chapelle en 1802, offrant un espace suffisant pour ériger ce monument imposant. La première pierre fut posée le 2 décembre 1810, mais les travaux, interrompus entre 1811 et 1822 pour des raisons financières et techniques, ne s’achevèrent qu’en 1828. L’inauguration eut lieu le 4 novembre 1828, marquant la naissance d’un lieu culturel majeur pour Dijon et sa région.
Le théâtre fut conçu par les architectes Jacques Cellerier et Simon Vallot, s’inspirant des modèles parisiens comme le Palais Brongniart et le Grand Théâtre de Bordeaux. Sa façade emblématique, ornée de huit colonnes corinthiennes, domine une structure rectangulaire de 61 mètres de long. À l’intérieur, les frères Moench, peintres décorateurs parisiens, réalisèrent une grande partie des ornements en 1828, tandis que le mobilier fut confié à Werner, tapissier du roi. La salle, à l’italienne et semi-circulaire, pouvait initialement accueillir 1 000 spectateurs, avant que des rénovations successives (notamment en 1970 et 2005) ne réduisent cette capacité à 692 places pour améliorer le confort.
L’éclairage au gaz, installé en 1839, modernisa le bâtiment, suivi par des réaménagements en 1855 et 1887. Une restauration complète en 1969-1970 introduisit des lustres en cristal de Murano (datant de 1900) et une climatisation, tout en préservant les éléments historiques. Les façades et toitures furent inscrites aux monuments historiques en 1975, reconnaissant ainsi sa valeur patrimoniale. Aujourd’hui intégré à l’Opéra de Dijon, le Grand Théâtre accueille plus de 60 000 spectateurs par an, dont 20 % viennent d’autres régions ou de l’étranger, confirmant son rayonnement culturel.
L’histoire du Grand Théâtre est aussi marquée par des adaptations techniques et artistiques. En 1832, des mesures de sécurité incendie furent renforcées avec un puits et des réservoirs d’eau. L’électricité remplaça le gaz en 1900, et des modifications structurelles (comme la reconstruction du 1er balcon en béton armé en 1934) répondirent aux exigences de modernité. La scène, réaménagée en 1953-1954, fut dotée d’une charpente métallique et d’un jeu d’orgues. Enfin, depuis 2021, une nouvelle campagne de rénovation, dirigée par l’architecte du patrimoine Fabien Drubigny, vise à moderniser les loges, les équipements techniques et l’espace scénique, tout en respectant l’héritage architectural du monument.
Le Grand Théâtre s’inscrit dans une tradition théâtrale dijonnaise remontant au XVIIe siècle, avec la salle des Tripots, puis la Comédie de la rue Buffon en 1812. Sa construction reflète les ambitions culturelles de la ville, soutenues par des figures locales comme le maire Le Compasseur de Courtivron, dont le blason orne toujours le vestibule. Les décors intérieurs, comme les bas-reliefs végétaux et les guirlandes de fruits, ainsi que les lustres monumentaux en cristal de Venise, témoignent d’un souci du détail et d’un faste caractéristique de l’époque. Aujourd’hui, le théâtre reste un symbole du patrimoine dijonnais, alliant histoire, art et innovation.
L’intégration du Grand Théâtre à l’Opéra de Dijon en 2008, sous le label Théâtre lyrique d’intérêt national depuis 2017, a renforcé son rôle dans la diffusion des arts lyriques et chorégraphiques. Le bâtiment, propriété de la commune, continue d’évoluer pour répondre aux normes contemporaines, tout en préservant son architecture classique. Les dernières rénovations, prévues jusqu’en 2024, visent à améliorer l’accessibilité et les performances techniques, assurant ainsi la pérennité de ce joyau du XIXe siècle pour les générations futures.