Origine et histoire
La Grande Forge de Chailland, en Mayenne, est une ancienne forge située à environ deux kilomètres au nord‑ouest du bourg, en lisière de la forêt de Mayenne. Le château dit de la Forge, bâti presque sur l’emplacement de l’ancien manoir d’Aubert, se trouve à quelque 1 500 mètres au nord du bourg et domine la vallée de l’Ernée. Selon Hubert Jaillot, le site comprenait autrefois le manoir d’Aubert avec sa chapelle, ainsi qu’à proximité une forge, un moulin et une fendrie ; la Carte de Cassini ne signale que le château, le village de la Forge et la fendrie au sud. L’ancien manoir d’Aubert, installé entre l’Ernée et le ruisseau de Vaumorin, était une seigneurie qui comprenait habitations, terres, prés, bois, moulins et droits de juridiction, selon un aveu de 1409. Le seigneur d’Aubert devait s’acquitter de taxes au seigneur de Mayenne, et les forges semblent avoir été liées à la châtellenie d’Ernée, comme l’indiquent des documents cités en 1558. L’acte d’acquisition de 1657 mentionne le fief, la maison seigneuriale, des domaines et métairies, le moulin et la fendrie d’Aubert. Le château moderne occupe un promontoire qui domine la vallée accidentée de l’Ernée et la lisière de la forêt de Mayenne. Michel‑René Maupetit, qui séjourna aux forges pendant la Terreur, étudia les systèmes géologiques et météorologiques de Buffon et Louis Cotte, donna des leçons d’astronomie et appliqua ses théories aux rochers et cavités du pays. La chapelle primitive Saint‑Jean et Sainte‑Catherine d’Aubert, très ancienne, a été successivement desservie depuis le château puis l’église ; en 1678 Armand‑Charles de La Porte de La Meilleraye la dota de ressources tirées des fours à ban de Mayenne. La chapelle de Saint‑Charles, qui a remplacé l’ancienne fondation, est un édifice roman dont le pignon est surmonté d’un petit clocheton ; elle servait à la fin du XIXe siècle de lieu de réunion pour un patronage de jeunes gens et comporte des vitraux peints par Léon‑Auguste Ottin (1878). La forge de Chailland, établissement industriel majeur, a marqué l’histoire locale pendant près de trois siècles ; sa fondation est datée du bail de François de Lorraine en date du 8 juin 1550, et la famille des Fontenailles apparaît comme propriétaire dès cette époque. L’atelier utilisait le bois de la forêt comme combustible et la force motrice de la rivière ; le minerai provenait principalement des lieux nommés Fleuradière, Rondelières et Champ‑Bouget, dans la paroisse du Bourgneuf, et les cloutiers s’approvisionnaient à Chailland. Au XVIIe siècle la forge produisait 800 000 livres de fer « cassant ou ployant », avec une proportion notable de fonte ; le cardinal Mazarin acheta la forge en 1657 et elle devint une dépendance du duché de Mayenne. On signalait en 1680 l’abondance d’eau et de bois, et les forges de Villeneuve et d’Andouillé furent unies à celles de Chailland. À la Révolution la production resta sensiblement la même et le service de la Forge employait cinq cents ouvriers et quatre cents chevaux ; la forge fut réquisitionnée pour la fonte des canons et les transports de minerais furent ordonnés par les autorités révolutionnaires. Au XIXe siècle, Henri de Chavagnac acquit la forge, la forêt et les domaines environnants en 1834 pour 1 400 000 francs ; la production était alors de 600 tonnes, puis tomba à 400 tonnes dix ans plus tard. Le traité de libre‑échange avec la Grande‑Bretagne contribua au déclin et à la disparition progressive de l’activité autour de 1863 ; il ne reste aujourd’hui que quelques ruines, des maisons d’ouvriers et le lit canalisé de la rivière. L’édifice a été inscrit au titre des monuments historiques en 1992. Parmi les seigneurs d’Aubert se succèdent Hugues d’Aubez (mentionné en 1199), plusieurs membres de la famille de Fontenailles (avec des mentions aux XVe et XVIe siècles, dont Guyon, René, Tristan, Julien et Ambroise de Fontenailles) et d’autres titulaires ayant figuré dans les aveux et transactions jusqu’à la vente au profit du cardinal. Les maîtres de forges et fermiers se succèdent également : Ernoult en 1550, puis des figures telles que Sébastien Lelièvre, Zacharie Chouet, François Garnier, Tanneguy de Riqueur, Olivier Dubois de Beauregard, Jacques Treton, René Arnoul, Delamotte et Nicolas Tricard, Michel Mary, Tripier de la Grange, Michel Dubois, Olivier‑Ambroise Dubois de Beauregard, Jacques‑François Patou et, à la fin du XVIIIe siècle, Charles‑Pierre‑Joseph Foucault de Laubinière et Martin de Ligonnière. Les sources principales pour l’histoire de la Grande Forge sont les travaux de l’abbé Angot et la bibliographie consacrée à la métallurgie et au patrimoine départemental.