Origine et histoire des Grandes Boucheries
Les Grandes Boucheries de Molsheim, surnommées Metzig (terme alsacien signifiant « abattoir » ou « marché à la viande »), furent construites en 1583, comme l’atteste une analyse dendrochronologique de leur charpente. Ce bâtiment emblématique, de style Renaissance, servait à la fois d’abattoir, de lieu de vente de viande au rez-de-chaussée (via des arcades en plein cintre), et de salle de réunion pour la puissante corporation des bouchers à l’étage. La façade, ornée d’une tourelle horloge à jacquemarts (1607) et d’une balustrade ouvragée, reflétait le prestige de cette corporation, l’une des plus influentes de la ville.
L’histoire de la Metzig remonte cependant bien avant 1583 : une première boucherie municipale est mentionnée dès 1416, et une « nouvelle Metzig » est financée en 1525-1526 par six bouchers locaux (30 sous chacun), comme en témoignent les comptes de la ville. Rien ne prouve toutefois que ces édifices précédents occupaient le même emplacement. Le bâtiment actuel, classé monument historique depuis 1920, fut érigé sur les ruines d’un Kauffhauß (magasin communal) effondré, comme le rapportent les archives de Molsheim. Sa construction en une seule campagne est confirmée par les marques de onze tailleurs de pierre, dont certaines se retrouvent à tous les niveaux de l’édifice.
Au fil des siècles, la Metzig a connu diverses affectations : abattoir et lieu de vente jusqu’au XIXe siècle, tribunal d’instance entre 1870 et 1908, puis musée historique de la ville de 1986 (après un déménagement depuis l’étage en 1986 vers l’ancienne chartreuse). Le rez-de-chaussée, voûté d’arêtes sur six piliers de grès, conservait encore dans les années 1980 des traces de son usage boucher : crochets en fer, treuils en bois, et rigoles pour l’écoulement du sang. L’étage, réservé aux banquets et réunions corporatives, était agrémenté de peintures murales (disparues) et d’un plafond à solives moulurées. Une restauration majeure entre 1980 et 1983 a permis de retrouver son aspect originel, notamment la réinstallation des piliers de la salle haute.
La façade ouest, peu modifiée depuis le XVIe siècle, a cependant subi quelques ajouts au XIXe siècle, comme un balcon latéral (entre 1836 et 1846) et des angelots en pierre remplaçant probablement des éléments plus anciens. En 1962, Charles de Gaulle y prononce un discours depuis une estrade installée devant l’édifice, soulignant son importance symbolique. Aujourd’hui, la Metzig abrite un restaurant au rez-de-chaussée et une salle d’exposition à l’étage, tout en restant propriété de la commune. Sa toiture, ses gargouilles en fer forgé, et son horloge à automates (deux angelots sonnant les heures) en font l’un des bâtiments profanes les plus remarquables d’Alsace.
Les archives révèlent que la corporation des bouchers de Molsheim, l’une des plus riches de la ville, jouait un rôle central dans la vie économique et sociale. Le bâtiment, conçu pour affirmer sa puissance, combinait utilité publique (approvisionnement en viande) et prestige (salle de réception à l’étage). Les comptes municipaux montrent que les bouchers financèrent partiellement sa construction, comme en 1525, où chacun versa 30 sous pour les « nouvelles boucheries ». La Metzig illustre ainsi l’organisation corporative alsacienne, où métiers et pouvoir municipal collaboraient étroitement pour gérer les ressources locales.