Origine et histoire de la grange de Vaulerent
La grange de Vaulerent, située à Villeron dans la plaine de France, est une ancienne exploitation agricole cistercienne fondée au XIIe siècle par l’abbaye de Chaalis. Ce domaine, acquis en 1138 grâce à un achat conjoint du roi Louis VI le Gros et des moines, était initialement couvert de bois et de terres incultes. Les moines cisterciens, aidés par des dons de seigneurs locaux comme Barthélemy de Montgé ou Guillaume de Goussainville, défrichent et structurent le territoire entre 1140 et 1160, créant un vaste domaine céréalier de près de 380 hectares.
La grange, construite au XIIIe siècle, mesure 72 mètres de long et servait de lieu de stockage pour les récoltes. Exploitée directement par les moines convers jusqu’en 1315, elle passe ensuite en fermage en raison de la crise agricole et du manque de main-d’œuvre. En 1791, elle est vendue comme bien national après la Révolution, puis acquise par Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau. La grange, classée monument historique en 1889, reste un témoignage exceptionnel de l’architecture agricole médiévale et de l’organisation cistercienne.
Le domaine de Vaulerent, isolé des agglomérations, était organisé autour d’une exploitation céréalière utilisant un assolement triennal innovant pour l’époque. Les moines y cultivaient blé, orge et seigle, atteignant des rendements élevés grâce à des techniques avancées comme le marnage. La grange, avec ses trois vaisseaux et ses arcades en pierre, symbolise cette efficacité agricole. Au fil des siècles, elle passe entre les mains de familles de fermiers influents, comme les Bruslé ou les Navarre, qui modernisent son exploitation tout en conservant son rôle central dans la production céréalière régionale.
Au XXe siècle, la famille Lecerf, propriétaire depuis 1922, diversifie les cultures vers les betteraves et les pommes de terre, tout en préservant le patrimoine. La grange, toujours en activité, abrite aujourd’hui une exploitation de 500 hectares et une usine de conditionnement. Son colombier, ses caves médiévales et son puits, inscrits aux monuments historiques en 1990, complètent ce site remarquable, adhérent à la charte européenne des abbayes cisterciennes.
La légende locale de la « grange du diable » raconte qu’un fermier aurait conclu un pacte avec le diable pour achever sa toiture avant l’aube, rompu grâce au chant prématuré d’un coq. Cette histoire, attestée dès le XVIIIe siècle, reflète l’admiration populaire pour ce bâtiment imposant. Les études de Charles Higounet et Walter Horn ont mis en lumière son importance historique, en faisant un modèle pour comprendre l’agriculture médiévale et l’architecture cistercienne en Europe.