Frise chronologique
4000-2000 av. J.-C.
Construction du menhir
Construction du menhir
4000-2000 av. J.-C. (≈ 3000 av. J.-C.)
Érection pendant le Néolithique par des communautés locales.
XVIe siècle
Popularisation du nom Gargantua
Popularisation du nom Gargantua
XVIe siècle (≈ 1650)
Rabelais diffuse le mythe du géant.
1832
Première mention écrite
Première mention écrite
1832 (≈ 1832)
Auguste Le Prévost décrit le menhir dans ses travaux.
1879
Déménagement et mutilation
Déménagement et mutilation
1879 (≈ 1879)
Le menhir est scié lors de travaux routiers.
10 janvier 1923
Classement monument historique
Classement monument historique
10 janvier 1923 (≈ 1923)
Protection officielle par l’État français.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Menhir dit Gravier de Gargantua : classement par arrêté du 10 janvier 1923
Personnages clés
| Auguste Le Prévost - Historien et archéologue |
Premier à documenter le menhir en 1832. |
| Vicomte de Pulligny - Érudit local |
Décrit la mutilation du menhir en 1879. |
| Marquis de Graville - Protecteur du patrimoine |
Obtient la réimplantation du menhir en 1879. |
| Léon Coutil - Archéologue normand |
Inventorie les menhirs de l’Eure en 1896. |
| François Rabelais - Écrivain Renaissance |
Popularise le mythe de Gargantua au XVIe siècle. |
Origine et histoire
Le Gravier de Gargantua est un menhir néolithique érigé entre 4000 et 2000 av. J.-C., typique des monuments mégalithiques de l’Eure. Composé d’un bloc de calcaire sénonien, il mesure aujourd’hui 3,50 m de haut après avoir été brisé au XIXe siècle.
Son implantation originelle, près de la Seine, suggère un rôle rituel ou territorial pour les communautés préhistoriques locales. Le Néolithique marque en Normandie une période de sédentarisation et d’émergence de pratiques agricoles. Les menhirs, comme celui de Port-Mort, servaient probablement de repères sacrés ou de bornes délimitant des espaces sociaux.
Leur alignement avec d’autres sites mégalithiques de la région, comme ceux des Andelys, renforce cette hypothèse d’un réseau symbolique. Au XIXe siècle, le menhir subit une mutilation lors de travaux routiers : en 1879, un ouvrier le scie à sa base pour le déplacer, laissant un tronçon enterré. Grâce à l’intervention du marquis de Graville, frère du propriétaire, le bloc est réimplanté dans son orientation d’origine.
Léon Coutil, archéologue normand, note en 1896 que les angles inférieurs furent restaurés pour préserver sa stabilité. Les légendes locales associent le menhir au géant Gargantua, popularisé par Rabelais au XVIe siècle. Selon une version rapportée par Auguste Le Prévost en 1832, Gargantua, gêné par un gravier dans son sabot, l’aurait retiré et jeté à cet endroit.
Une variante du vicomte de Pulligny évoque une pierre lancée pour effrayer des voleurs, illustrant l’ancrage folklorique du site. Le Gravier de Gargantua est classé monument historique en 1923, le protégeant des destructions modernes. Des haches polies découvertes à Port-Mort confirment une occupation néolithique, bien que leur lien direct avec le menhir reste hypothétique.
Aujourd’hui, il attire les passionnés d’archéologie et de légendes, tout en symbolisant le patrimoine mégalithique normand. Certains chercheurs, comme Léon Coutil, proposent une fonction utilitaire : borne signalant un dolmen voisin (le futur Tombeau de Saint-Ethbin) ou repère pour un gué sur la Seine. D’autres y voient une limite médiévale entre le royaume de France et le duché de Normandie, bien que cette théorie manque de preuves tangibles.
Ces interprétations reflètent la diversité des usages attribués aux menhirs au fil des siècles. La comparaison avec d’autres « Gravier de Gargantua » en France (Croth, La Turballe) ou en Écosse (Clochoderick stone) révèle un motif légendaire récurrent : le géant débarrassant sa chaussure d’une pierre. Ce récit, universel, souligne l’attrait des sociétés pour expliquer l’inexplicable par le merveilleux, tout en ancrant le menhir dans une mémoire collective vivace.
Depuis sa restauration, le site fait l’objet de protections strictes, intégrant les enjeux de conservation du patrimoine préhistorique. Des études géologiques ont confirmé l’origine locale du calcaire, excluant un transport sur de longues distances. Le menhir reste un témoignage précieux des pratiques funéraires et symboliques du Néolithique en Haute-Normandie.
Aujourd’hui, le Gravier de Gargantua est un lieu de visite libre, accompagné de panneaux explicatifs relatant son histoire et ses légendes. Il s’inscrit dans un parcours touristique incluant d’autres sites mégalithiques de l’Eure, comme les dolmens de La Haye-de-Calleville. Son entretien régulier garantit sa pérennité pour les générations futures.
Enfin, ce menhir illustre la dualité entre science et mythologie qui caractérise souvent les monuments préhistoriques. Alors que les archéologues cherchent à en percer les mystères, les récits populaires, eux, perpétuent une dimension onirique, faisant du Gravier de Gargantua bien plus qu’une simple pierre : un pont entre passé et imaginaire.