Origine et histoire de la Grotte de Bédeilhac
La grotte de Bédeilhac, située dans la vallée de Saurat en Ariège, est une cavité calcaire du Crétacé inférieur, ouverte à 690 m d’altitude. Elle s’étend sur 2 240 m, avec une entrée large de 40 m et une voûte atteignant 80 m de haut. Son art rupestre, daté du Magdalénien (vers 15 000 ans), inclut peintures, gravures et modelages d’argile (bisons, chevaux, mains positives), ainsi que des traces de foyers et sépultures de l’âge du bronze. La grotte, connue depuis au moins le XVIe siècle, fut décrite dès 1773 par Marcorelle.
En 1906, l’abbé Henri Breuil authentifie les premières peintures paléolithiques de l’Ariège dans la grotte. Classée Monument historique en 1929, elle fut explorée par Cartailhac, Vidal et Mandement, révélant un riche patrimoine artistique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la grotte fut réquisitionnée : d’abord par l’entreprise Dewoitine en 1940 pour y installer des ateliers aéronautiques (abandonnés après la défaite française), puis par les Allemands en 1944 pour réparer des avions Junkers, laissant sur place des épaves et outils.
La grotte de Bédeilhac a aussi marqué l’histoire médiatique : premier film tourné sous terre en 1929, et premier direct télévisé en 1958 avec Norbert Casteret. En 1972 et 1974, le pilote Georges Bonnet y atterrit en avion, exploit commémoré par une réplique exposée aujourd’hui. Le site, propriété communale, reste ouvert aux visites et illustre à la fois l’art préhistorique, l’histoire industrielle et les défis techniques.
Les salles emblématiques incluent la grande galerie (bénitier stalagmitique, bison peint), le labyrinthe (piliers stalagmitiques), la galerie des modelages (cheval acéphale en argile) et la salle terminale (gravures de bisons et chevaux). Ces œuvres reflètent les techniques magdaléniennes, tandis que des objets comme une rondelle perforée témoignent de la vie quotidienne préhistorique.
La légende d’un aérodrome allemand pendant la guerre, bien que infondée, puise son origine dans les aménagements militaires réels de 1940-1944. Après-guerre, la grotte redevint un site touristique et scientifique, étudié par des archéologues comme René Gailli et Michel Barbaza. Ses dimensions exceptionnelles et son histoire multiséculaire en font un lieu majeur du patrimoine pyrénéen.
Les sources historiques soulignent son rôle de refuge préhistorique, d’atelier industriel éphémère et de décor cinématographique. Aujourd’hui, la grotte allie préservation archéologique et valorisation touristique, avec un parcours mettant en valeur son art pariétal et ses formations géologiques.