Origine et histoire
Grotte de Fontbrégoua
La Baume de Fontbrégoua est une grotte préhistorique située à Salernes, dans le Var. Le site a été occupé du Paléolithique supérieur au Néolithique et offre l'une des stratigraphies préhistoriques les plus importantes du Sud de la France. L'analyse des amas d'ossements contenus dans des couches néolithiques a mis en évidence des pratiques interprétées comme du cannibalisme. Le site a fait l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques par arrêté du 3 janvier 2020.
La grotte s'ouvre sur le flanc est d'un petit vallon affluent de la vallée de la Bresque et a été creusée dans des calcaires dolomitiques du Jurassique. Elle a été découverte en 1948 par André Taxil, pharmacien à Salernes, puis fouillée par Jean Courtin entre 1971 et 1992. Les fouilleurs ont distingué trois parties, désignées comme le porche, la salle principale et la salle inférieure, qui ont toutes livré du matériel archéologique : outillages lithiques et osseux, céramique, parure, céréales carbonisées, restes d'animaux et restes humains.
La stratigraphie, remarquable par son épaisseur, s'étage sur 11 mètres, dont 4 mètres de couches à céramiques, et correspond à neuf niveaux préhistoriques du Paléolithique supérieur au Néolithique. L'occupation du Paléolithique final a été repérée par sondage et datée à 9 250 av. J.-C. L'Épipaléolithique et le Mésolithique (7 620 à 5 650 av. J.-C.) sont représentés par une industrie hypermicrolithique, la pratique de la petite chasse et la cueillette de légumineuses telles que les vesces, gesses et jarosses. Au Néolithique, l'occupation est discontinue et probablement saisonnière. Au Néolithique ancien (4 350 à 3 740 av. J.-C.), chasse et élevage sont à l'équilibre : on y trouve des espèces chassées comme le grand bœuf, le cerf, le chevreuil, le sanglier et le blaireau, côtoyant des espèces domestiques (bœuf, mouton, porc, chien) et des pratiques agricoles (blé, orge, légumineuses); la céramique porte des décors à la coquille, des incisions et diverses impressions (peigne, poinçon). Au Néolithique moyen, la chasse décline, des animaux d'élevage (chèvres, moutons) sont parqués dans la grotte, la céramique devient plus lisse et rarement ornée, et l'outillage lithique comprend des armatures foliacées et des bifaces. Le Chasséen récent se caractérise par un outillage laminaire et une consommation majoritairement domestique. Au Chalcolithique, la grotte est progressivement abandonnée; les dernières couches renferment une céramique épaisse à cordons lisses et quelques éléments campaniformes de type provençal, à décors incisés et estampés.
Dans la couche néolithique ancienne, treize fosses et cuvettes d'un diamètre variant de 0,20 à 1 m et d'une profondeur de 0,8 à 35 cm, d'origine naturelle ou creusées, ont livré des amas d'ossements, dont deux ont été volontairement recouverts de pierres et de terre. Ces dépôts sont dispersés dans toute la grotte, sans aire réservée ; seule la fosse n°2 pourrait relever d'un rite distinctif, les autres constituant des dépotoirs. Certains ne contiennent que des ossements d'animaux, d'autres uniquement des ossements humains ; des fosses à os d'animaux sont parfois monospecifices (les fosses n°1, 9 et 10 ne renferment que des os de sanglier) ou réservées aux espèces sauvages (fosse n°3) ou domestiques (fosses n°2 et 8). Trois cuvettes, nommées H1, H2 et H3, ne contenaient que des restes humains : H1 renfermait cinq crânes incomplets reconstituables, les restes de deux autres crânes, six mâchoires et trente-quatre fragments de squelette pour un minimum de sept individus (trois adultes et quatre enfants), H2 comportait une vingtaine de fragments d'un individu adulte et H3 contenait 134 fragments d'ossements crâniens correspondant à six individus (trois adultes, deux enfants et un individu d'âge indéterminé).
L'analyse des ossements montre que carcasses animales et humaines ont été dépouillées et traitées selon un même schéma : les couteaux de silex ont laissé des stries identiques sur les os, sauf sur les crânes humains qui présentent des stries parallèles spécifiques, et tous les os longs présentent des bords de fracture nets résultant d'une rupture destinée à extraire la moelle après décarnisation. Les fouilleurs ont donc proposé que les occupants de la grotte pratiquaient un cannibalisme à visée alimentaire.