Origine et histoire de la Grotte de Fontéchevade
La grotte de Fontéchevade, située à 2 km au nord-ouest de Montbron (Charente), est un tunnel naturel de 30 mètres de long en forme de U. Elle s’ouvre dans un vallon orienté sud-ouest, à proximité de la Tardoire, et se trouve à la limite des communes de Montbron et Orgedeuil. Son environnement géographique en fait un site stratégique pour l’étude des occupations préhistoriques, avec des grottes voisines comme Montgaudier (1,5 km) et du Placard (4,8 km). Classée Monument historique en 1933, elle est un témoignage clé des modes de vie et des migrations humaines durant le Paléolithique.
Les fouilles, initiées dès 1870 par des archéologues comme Paire, Fermond, et Durousseau-Dugontier, se sont intensifiées au XXe siècle, notamment sous la direction de Germaine Henri-Martin (1937-1955). En 1947, cette dernière a exhumé une calotte crânienne attribuée à un pré-néandertalien, considérée comme le plus ancien ossement humain découvert en Charente. Les couches archéologiques, datées du Tayacien (vers 150 000 ans), du Moustérien et de l’Aurignacien, révèlent une occupation continue et diversifiée, marquée par des outils en pierre (racloirs, burins) et des restes de faune (rhinocéros, hyènes, tortues).
La stratigraphie de Fontéchevade, initialement divisée en six couches par Henri-Martin, a été révisée pour en compter huit, illustrant des phases climatiques distinctes (interglaciaire Riss-Würm). Les vestiges humains incluent, outre le crâne pré-néandertalien, des dents et des os attribués à Homo sapiens (Aurignacien), ainsi qu’un métatarsien moustérien. La grotte a aussi livré des objets en os (sagaies) et une industrie lithique variée, reflétant des techniques adaptées aux ressources locales. Son rôle comme habitat et lieu de passage en fait un site central pour comprendre les transitions culturelles du Paléolithique en Nouvelle-Aquitaine.
La faune découverte à Fontéchevade témoigne d’un environnement contrasté, allant des steppes froides (lemmings, rhinocéros de Merck) aux forêts tempérées (daims, cervidés). Ces vestiges, associés aux outils tayaciens (chopping-tools) ou moustériens (bifaces), suggèrent des adaptations humaines aux changements climatiques. Les couches aurignaciennes, avec leurs grattoirs et burins, marquent l’émergence de technologies plus sophistiquées, tandis que des traces périgordiennes (pointes de la Gravette) étendent son occupation jusqu’au Paléolithique supérieur. La grotte reste un référent pour l’étude des interactions entre humains et écosystèmes durant la Préhistoire.