Origine et histoire de la Grotte de Roucadou
La grotte de Roucadour, située à Thémines (Lot, Occitanie), est une grotte ornée préhistorique découverte à la fin du XIXe siècle. Elle appartient à l’État depuis 1992 et est classée Monument Historique depuis 1964. Son accès est interdit au public. La grotte est connue pour son art pariétal exceptionnel, avec 495 représentations (139 animaux, 213 signes géométriques) et une occupation humaine s’étalant du Paléolithique supérieur à l’époque gallo-romaine. Elle a donné son nom au Roucadourien, un faciès culturel de transition entre Mésolithique et Néolithique (vers 4200 av. J.-C.), bien que cette attribution reste débattue.
La grotte, explorée dès 1890 par Édouard-Alfred Martel, révèle une galerie principale de 280 m de long, avec des salles comme la salle des peintures, partiellement obstruée par un effondrement survenu à la fin du Paléolithique supérieur. Les fouilles des années 1950-1960, menées par des spéléologues comme Pierre Taurisson et Jean-Paul Coussy, ont mis au jour des peintures, des gravures, et des objets (céramiques, épées de l’âge du Bronze). L’abbé André Glory, chargé de son étude, meurt tragiquement en 1966 avant de pouvoir achever ses recherches.
Les occupations du site couvrent près de 10 000 ans : d’abord un lieu de chasse au Paléolithique (Aurignacien/Gravettien), puis un habitat permanent au Mésolithique et Néolithique, avec des traces de foyers et une sépulture découverte en 2002 par Michel Lorblanchet. La doline devant la grotte, fouillée entre 1951 et 1957, a livré des artefacts du Bronze final (comme une épée de type Erbenheim) et des statuettes chasséennes. Le site illustre les contacts entre chasseurs-cueilleurs mésolithiques et agriculteurs néolithiques sur le rebord méridional du Massif central.
La grotte se distingue par ses 44 cercles échancrés, motif géométrique caractéristique, et ses mains négatives rouges et noires. Les représentations animales incluent 43 chevaux, 22 félins, 16 mégacéros, et 9 mammouths. Après son rachat par l’État en 1992, une équipe internationale dirigée par Michel Lorblanchet a mené une étude exhaustive (2002), confirmant son importance pour comprendre les transitions culturelles et artistiques de la Préhistoire.
Géologiquement, la grotte est une ancienne goule (cavité karstique) formée à la fin du Tertiaire, avec une doline en entrée. Sa galerie secondaire, découverte en 1962, a révélé la majorité des œuvres pariétales. L’effondrement partiel a préservé ces œuvres en isolant la salle des peintures. Aujourd’hui, Roucadour reste un site clé pour l’étude de l’art préhistorique et des dynamiques de néolithisation en Europe occidentale.